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Les grands singes et le covid-19, une menace supplémentaire pour des espèces déjà menacées ?

En raison de la destruction de leur habitat naturel et des contacts croissants avec les activités humaines, les grands singes, dont sept espèces sont déjà menacées d’extinction, sont potentiellement vulnérables à ce nouveau virus.

www.radinrue.com le III -IV - MMXX ; 15:50, avec UNESCO

75% des nouvelles maladies infectieuses sont des zoonoses, c’est-à-dire transmises des animaux vers les humains. L’origine du SARS-Cov-2 qui se propage actuellement sur la planète n’est pas connue. Toutefois, les premières études indiquent que l’origine du virus serait probablement la chauve-souris chez qui circule un coronavirus dont le génome présente à 96% d’identité avec le SARS-Cov-2. Pourtant, le virus de la chauve-souris ne peut pas se fixer aux récepteurs des cellules humaines et une recombinaison avec un coronavirus d’un autre animal sauvage est nécessaire pour la transmission à l’humain. Le pangolin, espèce la plus braconnée au monde, serait cet hôte intermédiaire. Ils sont braconnés pour leur viande, considérée comme un plat de luxe, et leurs écailles, utilisées dans la médecine asiatique traditionnelle.

L’émergence de ces nouvelles maladies infectieuses peut être liées à différents facteurs : la destruction des habitats naturels convertis en espaces utilisés pour les activités humaines induit un rapprochement géographique des humains et de la faune sauvage mais également les risques associés aux conditions de promiscuité extrêmes sur les marchés d’animaux vivants entre des espèces qui ne se côtoient habituellement pas.

Les grands singes (2 espèces de chimpanzés, 3 espèces d’orang-outans, et 2 espèces de gorilles) sont nos plus proches cousins dans le règne animal. Comme nous, ils peuvent contracter des maladies hautement infectieuses. Ainsi, dans les années 2000, des gorilles et chimpanzés sont décédés du virus Ebola ; dans certaines zones jusqu’à 95% des gorilles ont été décimés par cette maladie. Aujourd’hui, alors que le SARS-Cov-2 se propage sur toute la planète, les regards se tournent vers les grands singes.

Bien qu’il ne soit pas encore connu si les grands singes peuvent contracter cette souche de coronavirus, le OC43, une souche de coronavirus transmis par les humains, a été dépistée chez des chimpanzés en Côte d’Ivoire il y a quelques années. Ici encore, force est de constater que la proximité des populations humaines et animales, due principalement à la destruction de l’habitat naturel des grands singes, augmente les risques de zoonoses tandis que les activités humaines induisent parfois des pathologies chez les chimpanzés.

Sabrina Krief, vétérinaire et primatologue française spécialiste d’écologie comportementale et de zoopharmacognosie (chimie des substances naturelles consommées) chez les chimpanzés nous parle des problématiques liées à la promiscuité entre les humains et les chimpanzés (voir encadré). Professeure du Muséum national d’Histoire Naturelle, Sabrina est Directrice du Sebitoli Chimpanzee Project au sein du Parc national de Kibale en Ouganda qui a mis en place des mesures préventives face à l’épidémie de COVID-19.

“La proximité géographique entre chimpanzés et humains, causée par l’empiètement de l’agriculture intensive sur leur habitat forestier, engendre des risques pour leur santé. Le territoire des chimpanzés de Sebitoli que nous étudions depuis 2008 se trouve dans le parc national de Kibale en Ouganda. Il est entouré de zones agricoles et traversé par une route asphaltée à fort trafic routier. Des risques directs pour leur vie existent (collision, braconnage) et des menaces indirectes les affectent également. Ainsi, ils sont exposés à la pollution par les produits phytosanitaires (engrais, pesticides…), les gaz d’échappement, la pollution plastique liées aux déchets jetés le long de la route mais également aux maladies. Lorsque les cultures sont mûres, les humains qui gardent les champs et les chimpanzés qui viennent sortent de la forêt pour s’y nourrir utilisent les mêmes espaces, au même moment, favorisant la transmission croisée d’agents pathogènes entre les deux espèces. De même, les fruits lancés par les voyageurs aux babouins et les bouteilles de soda qui jonchent les bas-côtés, souillés de salive, exposent les chimpanzés à des agents pathogènes humains. Dans le contexte actuel de la pandémie de COVID-19, il est indispensable de réduire les risques liés à la proximité des humains en appliquant des mesures très strictes de la part des équipes de recherche mais, il reste cependant très difficile de juguler la part de risque liée à la proximité des zones agricoles et de la route. Il est urgent de prendre des mesures pour réduire l’ensemble des menaces qui pèsent sur les grands singes si nous voulons prévenir la disparition de nos plus proches parents et des habitats vitaux pour la planète qui leurs sont associés.”
Sabrina Krief, French veterinarian and primatologist

L’UNESCO est en contact avec notamment les 19 gestionnaires de réserves de biosphère africaines pour une veille de la situation. Avec le soutien de Sabrina Krief, des réunions en ligne auront lieu pour discuter avec eux des risques de transmission des maladies entre grands singes et humains, comment s’en prémunir en termes de mesures de protection et de suivi écologique de l’habitat, comment reconnaître les premiers signes et favoriser les échanges d’expériences.

Les grands singes représentent une part importante de la biomasse de frugivores des forêts tropicales en Afrique et en Asie du Sud-Est. Ils participent à la dissémination des graines et donc à la régénération des forêts. Protéger les grands singes c’est protéger les forêts tropicales et les centaines d’espèces végétales et animales qui partagent leur habitat, des forêts également essentielles à la lutte contre le changement climatique et au maintien d’une multitude de services écosystémiques.

L’UNESCO et ses partenaires sont fermement engagés à protéger les grands singes et leurs habitats.

rr/Unesco

 
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