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CARÊME 2020 — « Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux. »

Voici, pour entrer en carême, une béatitude qui nous dispose à nous associer à la Pâque du Christ. Qu’elle nous aide à être solidaires de toutes celles et ceux qui, en ce moment, sont confrontés à la persécution à cause de leur foi ! Je souhaite que ce temps de carême soit pour tous l’occasion de renouveler son intimité avec le Seigneur et sa générosité envers ses proches.

www.radinrue.com le XXVI - II - MMXX, 16h16, par Père Henri CALDELARI, msc

Le Père Caldelari dirige le Centre spirituel de la Pomarède qui a ouvert ses portes le 9 juillet 2000. Conçu pour être un espace de silence, de prière, de rencontre fraternelle, d’écoute de la Parole de Dieu et de formation chrétienne, ce centre accueille tous ceux qui aspirent à se ressourcer, qui cherchent Dieu, qui désirent approfondir leur foi ou développer leurs connaissances religieuses par des retraites spirituelles, des sessions de formation, des week-ends etc.

-- Centre spirituel La Pomarède – 15230 PAULHENC, Tél. 04 71 23 61 61 - Site internet : http://la-pomarede.cef.fr

Cette béatitude se situerait peut-être mieux dans le prolongement de la béatitude : « Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. » Notre faim et notre soif de Dieu, le désir intense de nous ajuster à sa volonté, de l’aimer plus que nous-mêmes et d’aimer notre prochain comme Jésus nous en a donné l’exemple ne laisse personne indifférent. Un tel engagement personnel et communautaire pose question et suscite des réactions tantôt positives, tantôt négatives de la part de notre entourage. Certains se sentent encouragés et soutenus dans leur foi tandis que d’autres en sont agacés, au point d’en devenir agressifs et de persécuter celles et ceux qui essaient d’ajuster leur vie à la « sainteté » de Dieu, en vivant les exigences de la justice (cf. Lettre 19/4 et 19/4 bis). Le fait de choisir Dieu, de calquer sa vie sur l’exemple de Jésus, va à contre-courant des choix du monde jusqu’à lui devenir insupportable. Nul n’est besoin de manifester ostensiblement sa foi ni de faire du prosélytisme pour susciter de l’opposition, et même de la persécution. Vivre normalement son baptême, être fidèle à sa vocation suffit à déclencher une réaction d’allergie, le rejet, l’ire et les quolibets de ceux qui se sentent remis en question par le témoignage de notre vie, de notre comportement droit, vrai, conforme à l’Evangile. Déjà à la fin du XIVe siècle, l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ faisait remarquer que le simple fait de vivre sa vie monastique dans le respect de la Règle, était une cause de mise à l’écart, voire de scandale pour ses propres frères.

« Les persécutions ne sont pas une réalité du passé, parce qu’aujourd’hui également, nous en subissons, que ce soit d’une manière sanglante, comme tant de martyrs contemporains, ou d’une façon plus subtile, à travers des calomnies et des mensonges. Jésus dit d’être heureux quand « on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie » (Mt 5, 11). D’autres fois, il s’agit de moqueries qui cherchent à défigurer notre foi et à nous faire passer pour des êtres ridicules. » (L’appel à la sainteté dans le monde actuel - 19 mars 2018 - § 94)

L’Evangile nous en offre un exemple éloquent avec la décapitation de Jean-Baptiste, persécuté et tué pour avoir dénoncé l’adultère d’Hérode (Mt 14,1-12). Son exécution annonçait la passion de Jésus qui subira, lui aussi, la mort pour avoir été fidèle au projet du Père :

« Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier… Le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi » (Jn 15,18-20).

« Cela vous amènera à rendre témoignage… Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. » (Luc 21,12-19)

Vivre sa foi en fidélité à l’Evangile ne va pas de soi dans la société actuelle, en France et en Europe. Cela va à l’encontre des valeurs prônées par un monde qui a éliminé Dieu de sa perspective et mis au centre de ses préoccupations la satisfaction égoïste de l’homme, considéré comme le maître absolu de lui-même et de ses choix. Ce monde-là supporte mal ce qui pourrait contredire ses aspirations effrénées aux plaisirs, à la richesse et à la consommation. Bref, tout ce qui pourrait limiter sa liberté de jouissance et ses appétits de puissance.

« Jésus lui-même souligne que ce chemin de l’Evangile va à contre-courant, au point de nous transformer en femmes et en hommes qui interpellent la société et qui dérangent par leur vie… Si nous ne voulons pas sombrer dans une obscure médiocrité, ne recherchons pas une vie confortable, car « qui veut sauver sa vie la perdra » (Mt 16, 25). (Pape François op. cit. § 90.)

Persécuter

Persécuter c’est poursuivre quelqu’un, l’opprimer, l’importuner, le harceler, le maltraiter à cause de ses opinions religieuses ou politiques (Larousse). Ce mot recouvre ici une multiplicité d’actes négatifs qui vont du sourire moqueur au mépris le plus absolu, jusqu’au meurtre. La persécution se décline en une multitude d’attitudes d’exclusion de l’autre à cause de ses convictions. Elle se traduit par la mise au placard, l’indifférence, la suspicion, la critique intolérante, le rejet, la moquerie, le harcèlement, la médisance, la diffamation, les mensonges, les menaces, les agressions etc., toutes sortes de choses qui ont pour objectif de discriminer et discréditer ceux qui ne partagent pas la pensée commune, qui n’agissent pas comme tout le monde. Nous pouvons faire mémoire ici de tant de Juifs ou de Chrétiens persécutés à cause de leur foi ou de leur mode de vie.

De par son origine divine et ses exigences, l’Évangile est incompatible avec l’esprit du monde soumis au pouvoir de Satan, le Prince de ce monde, Menteur et père du mensonge (Mt 4,8 ; Jn 12,31 ; Jn 8,44) :

« Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde. Je ne te demande pas de les ôter du monde, mais de les garder du Mauvais. » (Jn 17,14-15)

Le problème vient de ce que la foi en Jésus sépare en quelque sorte les disciples du Christ de ceux qui, dans le monde, ont fait des choix de vie différents. Parce que leur vie s’enracine en Dieu, ils sont « dans le monde, sans être du monde ». Tandis que le monde appartient au Mauvais. Toute la question est de savoir quelle sera notre réaction face à cette situation : nous plaindre et victimiser ou l’affronter avec courage et persévérance ? Mgr Aupetit, archevêque de Paris, n’hésite pas à proposer, à l’occasion d’une interview, l’attitude évangélique suivante :

Le journaliste : « Le Ministère de l’Intérieur a recensé l’an dernier 1036 actes antichrétiens. Y voyez-vous une forme de christianophobie ?

Mgr Aupetit : « Ces actes existent. Récemment encore un tabernacle a été fracturé ici à Saint-Jean de Montmartre, et c’est de la profanation, pas seulement du vandalisme. Mais le problème est de savoir si on fait comme les autres et si on se porte en victime. Christianophobe … Tout le monde est phobe aujourd’hui, on est homophobe, ceci-phobe ou cela-phobe … Nous aussi, on pourrait jouer ce jeu et dire qu’on nous en veut … Non ! Le Christ a été crucifié, mais on croit à la résurrection, on croit que les persécutions n’ont pas le dernier mot. Donc, on ne va pas entrer dans cette victimisation systématique. Quand on se victimise, on se durcit, on forme un petit groupe dans une forteresse. Mieux vaut continuer à s’exposer en ouvrant les églises, tout en sachant qu’on prend un risque. (Le Matin Dimanche, 24 novembre 2019)

Parce qu’elle se vit autant sur le plan personnel que sur le plan communautaire, l’expression de la foi est à la fois privée et publique. De ce fait, elle est visible et se trouve confrontée à d’autres façons d’être, de vivre ou de penser, parfois totalement opposées, voire hostiles aux siennes. Aussi n’est-il pas étonnant que ceux qui ont choisi l’Evangile comme livre de vie soient plus ou moins exposés à la persécution, qu’elle soit larvée ou manifeste. Cette situation oblige le disciple du Christ à respecter la liberté de conscience de chacun, sans pour autant taire la vérité qu’il a mission d’annoncer, à savoir que JÉSUS « est le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6) pour tout homme. Le témoin s’efface devant la Vérité. Comme Jésus, il ne cherche pas à avoir raison ni à culpabiliser, manipuler ou faire pression sur quiconque. Il se contente de proposer la Bonne Nouvelle. Le christianisme n’est pas une religion de conquête comme l’islam, mais d’attraction parce qu’il se base sur l’amour qui se révèle librement, n’oblige personne et se donne gratuitement à qui le désire.

« Pour vivre l’Évangile, on ne peut pas s’attendre à ce que tout autour de nous soit favorable, parce que souvent les ambitions du pouvoir et les intérêts mondains jouent contre nous… Dans une telle société aliénée, prise dans un enchevêtrement politique, médiatique, économique, culturel et même religieux qui empêche un authentique développement humain et social, il devient difficile de vivre les béatitudes, et cela est même mal vu, suspecté, ridiculisé. » (Pape François op.cit. § 91)

Témoigner

Jésus nous envoie dans cette société, souvent hostile, comme des agneaux au milieu des loups, pour être sel de la terre et lumière du monde. Il nous y envoie pour témoigner de celui « qui est venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). Le témoin n’a pas à défendre la vérité, mais à la proclamer par sa vie et sa parole. « La vérité se défend toute seule », dit un proverbe sénégalais. Le témoin ne juge pas, ne condamne pas. Il ne cherche pas imposer sa foi ni ses valeurs ni sa morale. Il vit ce qu’il affirme et répond sans détour aux questions qui lui sont posées, laissant chacun libre de se déterminer face à une vérité qui est plus grande que lui et lui échappe. Il n’hésite pas à rendre compte de sa foi dans le débat public quand il en a l’occasion, ni de s’engager dans le dialogue avec ses opposants en vérité et dans le respect des personnes. Témoigner de Jésus ou de sa foi n’est pas facile car le vrai témoin suscite autant d’admiration que d’allergie. Il doit assumer humblement l’une et l’autre. Deux tentations le guette : celle de se ghettoïser, c’est-à-dire de ne s’adresser qu’à un groupe de convaincus ou de comptabiliser ses succès pour en tirer satisfaction et se rassurer, soit de se fondre dans l’anonymat pour éviter la confrontation, les problèmes, les remises en questions, voire l’exclusion. Dans le premier cas on s’accapare ce qui revient à Dieu, dans l’autre on cesse d’être le levain dans la pâte, d’être la lumière qui brille dans les ténèbres. Dans les deux cas on trahit la mission confiée. Témoigner ne demande pas des connaissances ni des capacités exceptionnelles, mais du courage et surtout beaucoup d’amour pour son Seigneur et ses frères les hommes. Pensons à François d’Assise qui évangélisait sa ville simplement, en la parcourant avec un de ses frères en silence. Ce qu’il était, témoignait de Jésus qui l’avait saisi aux entrailles. Pensons à Sainte Claire, Saint Vincent de Paul, Mère Térésa, Padre Pio, Marthe Robin, le Saint curé d’Ars, Mgr Romero et tant d’autres témoins de l’Evangile qui n’ont rien fait de plus que vivre leur baptême selon leur charisme, serviteurs des hommes et serviteurs de la miséricorde divine.
Témoin et non provocateur

Nous devons être attentifs à ne pas provoquer des réactions de persécution par un comportement excessif, buté, arrogant, orgueilleux, mondain. Il arrive que nous provoquions la persécution, non à cause de notre foi, mais à cause de nos excès, de la manière dont nous la vivons, par notre façon d’imposer nos choix de vie à ceux qui ne partagent pas nos valeurs, quand nous ne tenons pas compte de la sensibilité, de la culture, des habitudes, des personnes qui nous entourent ou quand nous nous servons de la religion pour dominer et garder le pouvoir. Le cléricalisme n’est pas l’apanage du clergé. Beaucoup de chrétiens laïcs s’en emparent au grand dam de l’Evangile qui est ainsi sali, déformé, galvaudé, rejeté. Écoutons le pape François à ce sujet :

« Nous parlons ici des persécutions inévitables, non pas de celles que nous pouvons causer nous-mêmes par une mauvaise façon de traiter les autres. Un saint n’est pas quelqu’un de bizarre, de distant, qui se rend insupportable par sa vanité, sa négativité et ses rancœurs. Les Apôtres du Christ n’étaient pas ainsi. Le livre des Actes rapporte avec insistance que ceux-ci jouissaient de la sympathie « de tout le peuple » (2, 47 ; cf. 4, 21.33 ; 5, 13), tandis que certaines autorités les harcelaient et les persécutaient (cf. 4, 1-3 ; 5, 17-18). (Pape François op. cit. § 93)

Interrogeons-nous

1 - Ai-je déjà eu l’occasion d’être mal vu, critiqué ou agressé parce que je vis ma foi, parce que je suis intervenu dans une discussion, un conflit, une injustice, pour faire la vérité au nom de l’Évangile, pour défendre quelqu’un accusé injustement ou critiqué, pour justifier ma foi ou mes choix de vie ? Comment ai-je réagi : colère, agressivité, avec le sourire et détermination ou ai-je cédé à la peur ? Ai-je eu le courage d’argumenter sans agresser mes contradicteurs, pour leur partager ce que je vis au nom de ma foi ?

2 - Suis-je du Christ ou du monde quand j’ai à rendre compte de ma foi, quand j’ai à dire la vérité à celles et ceux qui ne savent pas ou risquent de se montrer moqueurs ? Est-ce que je parle ou est-ce que je me tais ? Est-ce que je réponds en toute franchise aux questions qui me sont posées ou est-ce que je noie le poisson dans l’eau par peur de perdre une amitié, d’être catalogué, traité de catho ou de réactionnaire, pour avoir la paix et ne pas détonner sur l’ensemble ?

3 - Suis-je humble devant la vérité qu’est Jésus et que j’ai à annoncer ou suis-je arrogant, avec le sentiment d’être supérieur aux autres ? Suis-je patient et respectueux des personnes qui contestent ma foi, qui cherchent à me déstabiliser ? 4 - Est-ce que je sais reconnaître tout ce qu’il y a de bon et de beau dans les autres religions, d’autres façons d’être, de se situer par rapport au sens de la vie ? Est-ce que je respecte leur point de vue, même si je ne le partage pas ? Ai-je le souci de les éclairer sans les contraindre, de les éveiller à ce trésor que je porte en mon cœur ?

5- Suis-je un témoin heureux et simple ? Mon comportement humain est-il imprégné de l’Evangile afin de le rendre désirable et agréable, ou au contraire suis-je quelqu’un qui fait fuir par ma sévérité, ma dureté, ma froideur, mon orgueil, ma supériorité ou mon indifférence ?

radinrue.com/ Henri CALDELARI msc

 
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