lundi, 1er juin 2020|

53 visiteurs en ce moment

 

« Heureux les créateurs de paix car ils seront appelés fils de Dieu ».

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix.
Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne.
Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre... (Jn 14,27)
Je vous ai dit ces choses pour que vous ayez la paix en moi... (Jn 16,33)
« La paix soit avec vous... » (Jn 20,19)

www.radinrue.com le VII - II - MMXX, 10h25, par : Père Henri CALDELARI msc

Le Père Caldelari dirige le Centre spirituel de la Pomarède qui a ouvert ses portes le 9 juillet 2000. Conçu pour être un espace de silence, de prière, de rencontre fraternelle, d’écoute de la Parole de Dieu et de formation chrétienne, ce centre accueille tous ceux qui aspirent à se ressourcer, qui cherchent Dieu, qui désirent approfondir leur foi ou développer leurs connaissances religieuses par des retraites spirituelles, des sessions de formation, des week-ends etc.

— Centre spirituel La Pomarède – 15230 PAULHENC, Tél. 04 71 23 61 61 - Site internet : http://la-pomarede.cef.fr

Pourquoi cette nouvelle traduction, comme le suggère le titre de cet article ?

Parce que la traduction française habituelle ne rend pas pleinement la richesse du mot grec « EIRÈNOPOIOS qui vient du verbe eirènopoiéô = faire la paix (Col 1,20). Il se compose du mot eirènè = la paix et du verbe poièô qui signifie faire, achever, réaliser, exécuter, créer (Mt 5,9). Tenant compte de cette étymologie, on peut légitimement traduire cette béatitude par « heureux les créateurs ou les faiseurs de paix. » Ce qui en enrichit le sens et la perspective. On a affaire à une béatitude dynamique qui nous renvoie à l’enseignement de Jésus sur l’amour des ennemis et la nécessité de la réconciliation entre frères pour « être vraiment les fils du Père du ciel ». (Mt 5,42-48) Le Seigneur invite ses disciples à s’investir (faire et créer) en faveur de cette paix grâce à laquelle ils seront appelés fils de Dieu. Il s’agit dès lors, comme l’indique la traduction courante « artisan de paix » de mettre notre ’art’, nos capacités et nos talents, au service de la paix, en particulier par le moyen du dialogue en vérité, de la réconciliation et du pardon, afin de créer ou recréer les conditions qui permettent à la paix d’exister et de se développer. Cela nous engage à être simples, actifs, imaginatifs et créatifs.

De quelle paix parle-t-on ?

La paix dont il s’agit ici ne consiste pas en l’absence de guerre ni dans la sécurité basée sur l’équilibre des forces. Elle ne se limite pas à un rapport harmonieux entre les hommes, conséquence de lois sociales équilibrées et respectueuses des droits de chacun. La paix dont il est ici question est d’origine divine. Elle est le fruit d’une découverte, d’une expérience personnelle, celle de la rencontre avec Dieu qui nous aime comme un Père, qui nous accompagne avec tendresse et miséricorde, qui est présent à chaque instant de notre existence (Mt 6,25-34), veille sur nous et pourvoit à tous nos besoins. Bref, un Père qui ne déçoit jamais. On peut compter sur lui, lui faire pleinement confiance. La paix est liée à la foi comme la chaleur l’est au feu. Elle naît de la certitude de foi que Dieu m’aime tel que je suis, qu’il ne m’abandonne jamais. Son amour est fidèle. Telle est la paix que Jésus est venu apporter à l’humanité au soir de Pâques (Jn 20,19-23).

En effet, après la mort du Seigneur, les disciples sont effondrés. L’échec de la croix les a plongés dans l’incompréhension. Ils s’enferment dans le Cénacle par crainte de subir le sort de leur Maître. Malheureux, rongés par la culpabilité de l’avoir abandonné, trahi, renié, ils n’ont plus d’espérance. Ils se sentent seuls et abandonnés. Leurs espoirs de grandeur (Mt 20,20-28) se sont envolés avec la mise au tombeau de celui sur qui ils avaient tout misé. Déstabilisés, déçus, la paix les a quittés. Ils ont peur. En perdant Jésus, ils avaient tout perdu. La déprime, quoi !

« La paix soit avec vous ! »

Premiers mots du Ressuscité à l’Eglise et au monde, ces paroles annoncent le premier don que le Seigneur fait à l’humanité le soir même de Pâques, le don du pardon, conséquence immédiate de sa mort sur la croix et dont le fruit est la paix. N’est-il pas venu pour nous libérer de la méfiance originelle qui nous sépare de Dieu et des autres ? N’est-il pas venu pour restaurer entre lui et nous la confiance et la communion dans l’amour, brisées par le péché ? En leur souhaitant la paix, Jésus manifeste à ses disciples son pardon. Son amour pour eux est intact et, malgré les apparences, il ne les a pas abandonnés. Il les aime par-delà la mort (il leur montre son côté blessé). Par sa parole et son geste, le Seigneur les réintroduit dans l’intimité de sa présence. Ils n’ont plus à craindre ni à avoir peur puisque, selon sa promesse, il est toujours avec eux. (Mt 28,20) La paix n’est rien d’autre que l’expérience de cette Présence, de cette communion dans l’amour, que le Seigneur a réalisée au soir de sa résurrection en communiquant à ses disciples son souffle de vie, l’Esprit Saint. On pourrait dire que la paix est à la foi ce que la fumée est au feu, ce que la joie est à l’amour, leur expression naturelle. La paix n’est jamais acquise une fois pour toutes. Don à désirer, à accueillir et à cultiver, il est sans cesse à consolider, à développer. La paix se nourrit de la confiance en l’amour de l’autre, Dieu ou l’homme. Sans cette communion dans l’amour, les relations entre les personnes sont tendues, difficiles, fragiles, méfiantes, inexistantes. Si elle ne se base pas sur la vérité dans les relations humaines, le respect et la justice entre les personnes, si elle ne s’appuie pas sur une confiance réciproque la paix est impossible entre les humains.

Créateurs et faiseurs de paix

Dès l’origine de l’humanité, nous constatons que la violence est partout, à notre porte, en nous-mêmes. Nous naissons dans un monde marqué par la lutte pour le pouvoir, la survie, l’autodéfense, la recherche de ses intérêts égoïstes, etc. Le péché a créé la division entre Dieu et l’homme. La méfiance a chassé la confiance (Gn 3), suscitant jalousie, envie et peur. Tout le monde se méfie de tout le monde. Au lieu de construire la paix, on élève des murs, des palissades, des haies, qui séparent et enclavent. Chacun se protège et perçoit l’autre comme un prédateur ou un ennemi potentiel. Telle est la dure réalité à laquelle chacun de nous est confronté. C’est dans ce monde-là que Jésus nous envoie, comme des agneaux au milieu des loups, porteurs et témoins de sa paix par le pardon et la réconciliation.

En dehors des cimetières, la paix n’existe nulle part. Il faut donc la faire advenir en nous pour que le monde en soit irradié et puisse se développer harmonieusement. Si elle n’est pas en nous, elle ne pourra se diffuser autour de nous. L’univers vivant auquel nous appartenons se caractérise par sa complexité et sa fragilité. Il ne cesse d’évoluer dans une recherche incessante d’équilibre, d’harmonie. La vie est un combat permanent pour trouver le compromis qui favorise la croissance et empêche les déséquilibres de se transformer en violence. La paix est partie prenante de ce combat. Sans elle, le développement humain est condamné à subir la loi du plus fort et, finalement, à s’autodétruire. La paix dans le monde dépend de nous, de la façon dont nous l’accueillons et la mettons en œuvre. Personne ne donne ce qu’il n’a pas. Si nous la puisons à sa source, le Cœur du Christ, si nous en vivons et la désirons ardemment, alors la paix que Jésus souhaite pour tout homme rayonnera et se déploiera pour le bonheur de chacun sur cette terre. Elle pénètrera les structures complexes de la vie et du développement humain pour les rendre respectueuses de la vocation de l’homme à la sainteté qui est de vivre en ce monde la communion dans l’amour voulue par le Créateur.

Être créateur de paix, c’est donc créer les conditions qui permettent à la paix d’exister là où elle est absente. C’est jeter des ponts, créer un réseau de confiance et de soutien mutuels, tisser des liens entre les personnes par le dialogue, dans le respect de chacun, et permettre ainsi à ceux qui ont des approches différentes, des points de vue contraires ou des opinions divergentes, de s’écouter, de se comprendre, de s’accepter différents, de se rencontrer sans crainte, de communiquer sereinement, de s’expliquer et de communier dans la confiance. (Cf. communauté Sant’Egidio à Rome). Le faiseur de paix travaille à ce que la paix, toujours fragile et menacée, ne cède pas à l’agressivité et la violence. Il s’investit dans la gestion des conflits, agit en amont pour éviter que la paix ne se détériore. Il veille à la préserver et la cultive par de bonnes pratiques. Il la soutient quand elle est fragilisée (cf. Saint Nicolas de Flüe, en Suisse). Parce qu’il est en paix avec lui- même, l’artisan de paix sait promouvoir des initiatives innovantes (créer) qui favorisent la paix dans les relations humaines, souvent conflictuelles à cause de la nature humaine et de ses faiblesses. Il sait aussi développer, par sa gestion sereine et harmonieuse des conflits, un équilibre relationnel juste entre les personnes. Oui, la paix est toujours à construire (à faire) !

Les conditions de la paix

Pour œuvrer à la paix, il faut l’aimer soi-même et la considérer comme le bien le plus précieux, indispensable à la vie commune et à l’épanouissement personnel. Il faut croire que chacun, même s’il la blesse par ses comportements, la désire au plus profond de son cœur. Il faut toujours croire qu’elle est possible et préférable à l’affrontement qui laisse inévitablement des traces, parfois indélébiles, des blessures inutiles. Il s’agit surtout de créer des conditions de vie justes pour éviter la violence, l’agressivité et les conflits toujours prompts à naître. Trois conditions me paraissent essentielles pour vivre cette béatitude :
- 1. Aimer les personnes avec qui l’on vit, y compris celles qui nous ont blessés ou humiliés. Prendre l’initiative de les rencontrer, d’ouvrir le dialogue avec elles, accomplir une démarche de pardon et de réconciliation, plus préoccupé de leur souffrance que de la sienne. Quand il n’y a plus la paix entre nous, plus de communion dans l’amour, tout le monde en souffre. Y remédier exige de notre part beaucoup d’humilité, de patience, de persévérance et de générosité. La paix est d’abord un combat contre nous-mêmes pour ne pas céder à la tentation de la violence ou de la vengeance, pour rester calme, pondéré, juste, bienveillant et respectueux de l’adversaire, pour garder son cœur ouvert, même blessé.

- 2. Être vrai dans nos relations humaines. On ne construit pas la paix sur le mensonge, le non-dit, des interprétations ou des impressions, mais seulement sur la vérité. Lorsque, par peur du conflit, des remarques désobligeantes, des cris, ou par peur de perdre une amitié, de blesser, on tait les causes des tensions ou des dissensions, on vit une fausse paix qui est en réalité une guerre larvée et qui, tôt ou tard, éclatera avec plus de violence encore. L’homme de paix ne craint pas de prévenir les conflits ni de les affronter. Il travaille à les résoudre dans la vérité et la justice. Il ne craint pas de dénoncer les causes de la violence et de l’injustice, mais toujours avec charité et douceur, sans agressivité, sans chercher à avoir raison à tout prix. 3. Préférer la paix à la violence. On ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif. Jésus nous invite à cette attitude de renoncement pour le bien supérieur de la paix. « Si ton frère veut te prendre ton manteau, laisse-lui encore ta tunique. » (Lc 6,9) Le faiseur de paix privilégie le dialogue et l’écoute. Il cherche à apaiser les conflits par le compromis plutôt que de jeter de l’huile sur le feu en revendiquant absolument ses droits. Il préfère même y renoncer par amour, voire à ses dépens, plutôt que d’engager un conflit dévastateur ou créer des blocages inutiles (cf. les problèmes sociaux actuels suscités par les réformes inévitables liées à l’évolution de la société contemporaine). Il refuse la violence pour se défendre, renonce à se venger, à rendre les coups. La violence engendre toujours une violence décuplée. Le seul moyen d’y mettre un terme est le pardon, la bienveillance.


Artisans de paix

1. Suis-je une femme ou un homme de paix ? Est-ce que je préfère préserver la paix plutôt que de provoquer des tensions en voulant avoir raison à tout prix ? Quelles sont, à mon avis, les causes les plus fréquentes qui portent atteinte à la paix : incivilités, manque de respect, mensonge, injustice, médisances, rumeurs colportée et non vérifiées, souvent même amplifiées, pour se mettre en valeur ou jouir du mal que cela provoque (cf. les réseaux sociaux qui multiplient les "fak news", les dénonciations anonymes, etc.) : « En ce qui nous concerne, il est fréquent que nous soyons des instigateurs de conflits ou au moins des causes de malentendus... Le monde des ragots, composé de gens qui s’emploient à critiquer et à détruire, ne construit pas la paix. Ces gens sont au contraire des ennemis de la paix et aucunement bienheureux. » (L’appel à la sainteté dans le monde actuel - Pape François - 19 mars 2018 § 87)

2. Comment est-ce que je recherche la paix et la poursuis, envers et contre tout ? Est-ce que je la favorise ? Quelles sont mes initiatives en ce sens ? Est-ce que je travaille à créer les conditions de la paix ? Est-ce que je réponds à l’agressivité par l’agressivité ou est-ce que je cherche à calmer le jeu, à dialoguer pour comprendre et éliminer les sources de tensions ? « Les pacifiques sont source de paix, ils bâtissent la paix et l’amitié sociales... La Parole de Dieu exhorte chaque croyant à rechercher la paix ‘‘en union avec tous’’ (cf. 2 Tm 2, 22)... Et si parfois, dans notre communauté, nous avons des doutes quant à ce que nous devons faire, « poursuivons donc ce qui favorise la paix » (Rm 14, 19), parce que l’unité est supérieure au conflit. » (§ 88)

3. Suis-je capable de vivre en paix avec quelqu’un qui ne me ressemble pas, qui m’a blessé ou humilié, qui pense autrement que moi, qui me conteste, qui a des habitudes ou des travers qui m’agacent ? Comment est-ce que je gère ce genre de situation ? « Il n’est pas facile de bâtir cette paix évangélique qui n’exclut personne mais qui inclut également ceux qui sont un peu étranges, les personnes difficiles et compliquées, ceux qui réclament de l’attention, ceux qui sont différents, ceux qui sont malmenés par la vie, ceux qui ont d’autres intérêts. C’est dur et cela requiert une grande ouverture d’esprit et de cœur, parce qu’il ne s’agit pas d’« un consensus de bureau... Il ne s’agit pas non plus d’ignorer ou de dissimuler les conflits, mais « d’accepter de supporter le conflit, de le résoudre et de le transformer en un maillon d’un nouveau processus ». Il s’agit d’être des artisans de paix, parce que bâtir la paix est un art qui exige sérénité, créativité, sensibilité et dextérité. » (§ 89)
Semer la paix autour de nous, c’est cela la sainteté !

Père Henri CALDELARI msc - radinrue.com

 
A propos de RADIN RUE
®© 1982 - 2020 Radin Rue — ISSN 2270-5864 — Radin Rue a été fondé en 1982 sous format papier, depuis 2001 Radin Rue ne paraît plus sous format imprimé. Il est publié sur internet depuis le 22 décembre 1997 et en tant que www.radinrue.com depuis 24 septembre 2000. Ce site est dépendant de la (...)
En savoir plus »