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RAPPORT DU GIEC 2019 - La surexploitation des sols et des forêts menace la sécurité alimentaire mondiale

Le jeudi 8 août 2019 le GIEC (groupe international d’experts sur l’évolution du climat) publiait un rapport sur l’utilisation des terres. Il pointe une surexploitation des sols et des forêts qui aggraverait les effets du réchauffement climatique, et mettrait en péril nos conditions de vie et de subsistance.

www.radinrue.com le X - VIII -MMXIX, 13h49, photos : Radinrue.com / Vidéo : WWF

Approuvé par 195 Etats, ce rapport représente l’analyse scientifique la plus aboutie d’un avenir climatique à 1,5°C et 2°C de hausse de la température moyenne mondiale, destinée à guider les décisions des gouvernements dans la transition écologique à mener dans tous les domaines (énergie transports, agriculture, etc.) dans les années à venir. Le rapport révèle qu’il est encore possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, et que c’est maintenant que tout se joue.

Le rapport recense plusieurs conséquences susceptibles d’être limitées si la hausse de température était plus faible.

Élévation du niveau de la mer : Le niveau de la mer continuera de monter bien au-delà de 2100, année à laquelle on estime qu’il sera supérieur de 26 à 77 cm au niveau de référence de la période 1986-2005 si le réchauffement planétaire est de 1,5 °C, soit 10 cm de moins que pour un réchauffement planétaire de 2 °C. Cela signifierait que jusqu’à 10 millions de personnes de moins seraient exposées aux conséquences de cette hausse, telles que l’intrusion d’eau de mer, les inondations et les dégâts aux infrastructures dans les zones côtières de faible altitude et les petites îles. Dépasser les 1,5 °C risquerait de rendre instables les nappes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, ce qui pourrait occasionner une élévation de plusieurs mètres du niveau de la mer à des échelles de temps allant du siècle au millénaire.

Glace de mer : La probabilité que l’océan Arctique soit libre de glace en été serait d’une fois par siècle si le réchauffement est limité à 1,5 °C, mais d’au moins une fois tous les 10 ans s’il est limité à 2 °C.

Santé des océans : Limiter le réchauffement planétaire permettrait de ralentir la hausse de la température et de l’acidité de l’océan et la baisse des taux d’oxygène océaniques et, par conséquent, de réduire les risques auxquels sont confrontés la biodiversité marine, les pêcheries et les écosystèmes. Mais, avec un réchauffement de 1,5 °C, entre 70 et 90 % des récifs coralliens risquent de disparaître, et ce pourcentage passerait à 99 % si le seuil de 2 °C était franchi.

Biodiversité : Avec un réchauffement limité à 1,5 °C, les répercussions sur la biodiversité et les écosystèmes seront moindres, notamment pour ce qui concerne la disparition et l’extinction d’espèces. Néanmoins, des milliers d’espèces seront affectées. Selon les projections, 6 % des insectes, 8 % des plantes et 4 % des vertébrés devraient perdre plus de la moitié de leur aire d’extension géographique climatiquement déterminée en cas de réchauffement planétaire de 1,5 °C, en comparaison de 18 % des insectes, 16 % des plantes et 8 % des vertébrés en cas de réchauffement planétaire de 2 °C. Aux latitudes élevées, la toundra et les forêts boréales sont particulièrement exposées à une dégradation et à une disparition dues au changement climatique.

Phénomènes extrêmes : Les modèles climatiques prévoient des augmentations de la température moyenne dans la plupart des régions continentales et océaniques, des chaleurs extrêmes dans la plupart des zones habitées (augmentation du nombre de jours où la hausse des températures atteint jusqu’à 3 °C), une augmentation de fréquence, d’intensité et/ou de quantité des fortes précipitations dans plusieurs régions et une augmentation d’intensité et de fréquence des épisodes de sécheresse et de déficits de précipitations dans certaines régions. Il existe de grandes disparités régionales, avec un risque particulièrement élevé pour le bassin méditerranéen, l’Afrique subsaharienne et les petits États insulaires.

Bien-être humain : Selon les projections, les risques liés au climat pour la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau, la sécurité des personnes et la croissance économique devraient augmenter en cas de réchauffement planétaire de 1,5 °C, et même davantage en cas de réchauffement de 2 °C. Limiter le réchauffement à 1,5 °C plutôt qu’à 2 °C pourrait préserver 420 millions de personnes supplémentaires de l’exposition aux fortes vagues de chaleur.

Eau : Selon les conditions socio-économiques futures, par rapport à un réchauffement planétaire de 2 °C, un réchauffement de 1,5 °C pourrait aller jusqu’à diminuer de moitié le nombre de personnes exposées à une aggravation de la pénurie d’eau due aux changements climatiques.

Selon le rapport du GIEC, les terres émergées représentent une ressource fondamentale. Elles sont soumises aux pressions des êtres humains et du changement climatique, maiselles sont aussi un élément de la solution.

Les terres émergées sont déjà soumises à la pression croissante des activités
humaines, à laquelle s’ajoute le changement climatique. Par ailleurs, ce n’est qu’en réduisant les émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs, y compris les terres émergées et l’alimentation, que l’on pourra contenir le réchauffement mondial bien en deçà de 2 °C, indique le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son rapport de jeudi dernier.

Le GIEC, l’organisme mondial chargé de faire le point des connaissances scientifiques sur les changements climatiques, de leurs conséquences et des risques qu’ils pourraient entraîner, ainsi que d’évaluer les options envisageables pour y faire face, a pris connaissance du Résumé à l’intention des décideurs du Rapport spécial sur le changement climatique et les terres émergées (SRCCL) approuvé mercredi dernier par les gouvernements du monde entier à Genève.

Élément scientifique clé, il sera au cœur des prochaines négociations sur le climat et
l’environnement, telles que la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (COP14) à New Delhi (Inde) en septembre et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 25) à Santiago (Chili) en décembre.

« Les gouvernements ont mis le GIEC au défi de procéder pour la première fois à l’examen complet de l’ensemble du système terres émergées-climat. Nous y sommes parvenus grâce aux nombreuses contributions d’experts et de gouvernements du monde entier. C’est la première fois qu’une majorité (53 %) des auteurs d’un rapport du GIEC proviennent de pays en développement », a déclaré Hoesung Lee, président du GIEC.

Ce rapport montre qu’une meilleure gestion des terres peut contribuer à faire face aux changements climatiques, mais n’est pas la seule solution. Il est essentiel de réduire les émissions de gaz à effet de serre de tous les secteurs pour maintenir le réchauffement mondial bien en dessous de 2 °C si ce n’est à 1,5 °C.

En 2015, dans le cadre de l’Accord de Paris, les gouvernements ont décidé de renforcer la riposte mondiale au changement climatique en contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C.

Les terres doivent rester productives pour maintenir la sécurité alimentaire en dépit de la croissance démographique et des effets néfastes du changement climatique sur la végétation qui ne cessent de croître. Nous ne disposons donc que d’une marge de manœuvre limitée pour tirer parti des terres émergées afin de faire face au changement climatique, par exemple par la mise en place de cultures énergétiques et le boisement. À cela s’ajoute qu’il faut du temps pour que les arbres et les
sols stockent efficacement le carbone.

La bioénergie doit être gérée avec soin si l’on veut éviter de mettre en péril la sécurité alimentaire et la biodiversité et de favoriser la dégradation des sols. Nous n’obtiendrons les résultats souhaités que si nous adoptons des politiques et des systèmes de gouvernance adaptés aux besoins locaux.

Le sol est une ressource essentielle

Le rapport Changement climatique et terres émergées indique que la planète pourra mieux faire face aux changements climatiques si l’accent est mis sur la durabilité.
« Les terres émergées jouent un rôle important dans le système climatique », a déclaré Jim Skea,coprésidente du Groupe de travail III du GIEC.

« L’agriculture, la foresterie et d’autres types d’utilisation des terres représentent 23 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Parallèlement, les processus terrestres naturels absorbent une quantité de dioxyde de carbone équivalant presque au tiers des émissions dues aux combustibles fossiles et à l’industrie », a-t-il ajouté.
« Le rapport montre qu’une gestion durable des sols nous aiderait à faire face aux changements climatiques », estime Hans-Otto Pörtner, coprésident du Groupe de travail II du GIEC.

« Les terres déjà exploitées à ce jour pourraient subvenir aux besoins de la planète dans un environnement climatique en pleine évolution et fournir de la biomasse pour les énergies renouvelables, mais il convient de prendre des mesures rapides et de grande envergure dans plusieurs domaines. N’oublions pas non plus la préservation et la restauration des écosystèmes et de la biodiversité » a-t-il conclu.

Désertification et dégradation des sols

Lorsque le sol est dégradé, il devient moins productif : il est plus difficilement cultivable et perd de sa capacité à absorber le carbone. Ce phénomène exacerbe le changement climatique, lequel exacerbe encore la dégradation des sols à de nombreux égards.

« Par des choix favorables à une gestion durable des terres, nous pouvons contribuer à réduire et, dans certains cas, à inverser ces effets néfastes », a indiqué Kiyoto Tanabe, coprésident de l’Équipe spéciale du GIEC pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre.

« Si les précipitations se font plus intenses à l’avenir, le risque d’érosion des sols sur les terres cultivées augmentera. Une gestion durable des terres nous permettra de protéger les populations des effets néfastes de cette érosion et des glissements de terrain, mais les mesures que nous prendrons resteront de portée limitée et, dans certains cas, la dégradation pourrait s’avérer irréversible », a-t-il précisé.

Environ 500 millions de personnes vivent dans des zones touchées par la désertification. Les zones arides et celles touchées par la désertification sont également plus vulnérables au changement climatique et aux phénomènes extrêmes, tels que les sécheresses, les vagues de chaleur et les tempête de poussière, sans compter que la croissance de la population mondiale exerce une
pression supplémentaire.

Le rapport expose des options envisageables pour faire face à la dégradation des sols et prévenir de nouveaux changements climatiques ou nous y adapter. Il présente également les effets potentiels de différents niveaux de réchauffement de la planète. « Nous savons maintenant que même un réchauffement planétaire limité à environ 1,5 °C entraînera une augmentation des risques liés aux pénuries d’eau dans les zones arides, aux dommages causés par les incendies, à la fonte du pergélisol et à l’instabilité du système alimentaire », a souligné Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du Groupe de travail I du GIEC.

« Si le réchauffement climatique atteint 2 °C, nous savons que les risques liés à la fonte du pergélisol et à l’instabilité du système alimentaire seront très élevés », a-t-elle ajouté.

La sécurité alimentaire

Une action coordonnée pour lutter contre le changement climatique peut tout à la fois améliorer l’état des sols, la sécurité alimentaire et la nutrition et contribuer à éliminer la faim. Le rapport fait ressortir que le changement climatique a une incidence sur les quatre piliers de la sécurité alimentaire : la disponibilité (rendement et production), l’accès (prix et capacité d’obtenir de la nourriture), l’utilisation (nutrition et possibilité de cuisiner) et la stabilité (irrégularité de la disponibilité).

« La sécurité alimentaire sera de plus en plus compromise par le changement climatique à venir en raison de la baisse des rendements, en particulier dans les régions tropicales, de l’augmentation des prix, de la réduction de la qualité des nutriments et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement », a déclaré Priyadarshi Shukla, coprésident du Groupe de travail III du GIEC.

« Les effets différeront d’un pays à l’autre, mais ils seront nettement plus marqués dans les pays à faible revenu d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes », a-t-il précisé.

Le rapport indique qu’environ un tiers des aliments produits sont perdus ou gaspillés.

Les causes e ces pertes et gaspillages sont très différentes selon qu’il s’agit d’un pays développé ou d’un pays en développement et elles varient considérablement d’une région à l’autre. Une diminution de ces pertes et du gaspillage réduirait les émissions de gaz à effet de serre et améliorerait la sécurité
alimentaire.

Certains choix alimentaires nécessitent l’utilisation de davantage de terres et d’eau et causent plus d’émissions de gaz à effet de serre que d’autres », a souligné Debra Roberts, coprésidente du Groupe de travail II du GIEC.

« Les régimes alimentaires équilibrés riches en aliments d’origine végétale tels que les céréales secondaires, les légumineuses, les fruits et les légumes, et les aliments d’origine animale produits de façon durable dans des systèmes à faibles émissions de gaz à effet de serre offrent de bonnes possibilités d’adaptation aux changements climatiques et de limitation de ces changements », a-t-elle indiqué.

Selon le rapport, il existe des moyens de gérer les risques et de réduire les vulnérabilités des terres
et du système alimentaire.

La gestion des risques permet d’accroître la résilience des populations en cas de phénomènes extrêmes, ce qui a des répercussions sur les systèmes alimentaires. Pour la mettre en place, il est possible de passer par des modifications du régime alimentaire ou une diversification des cultures de manière à enrayer la dégradation des terres et à améliorer la capacité d’adaptation aux extrêmes climatiques ou à la variabilité des conditions météorologiques.

Un autre moyen de s’adapter aux effets néfastes du changement climatique est de réduire les inégalités, d’accroître les revenus et de garantir un accès équitable à la nourriture afin que certaines régions (où la terre ne peut pas fournir une nourriture adéquate) ne soient pas désavantagées. Il est également possible de recourir à des méthodes de gestion et de partage des risques, dont certaines peuvent déjà être appliquées, comme les systèmes d’alerte précoce.

Une mobilisation générale pour la durabilité, associée à des mesures immédiates, offre les meilleures chances de faire face au changement climatique. Parmi les conditions à remplir figurent une faible croissance démographique, une réduction des inégalités, une meilleure nutrition et une diminution du gaspillage alimentaire.

Nous pourrions ainsi instaurer un système alimentaire plus résilient et mettre davantage de terres à la disposition de la bioénergie, tout en protégeant les forêts et les écosystèmes naturels. À l’inverse, si nous n’agissons pas rapidement dans ces domaines, il faudra davantage de terres pour la bioénergie, ce qui exigera des décisions délicates concernant l’utilisation des terres et la sécurité alimentaire.

« Il importe de mettre en œuvre des politiques qui favorisent une gestion durable des terres, garantissent l’approvisionnement alimentaire des populations vulnérables et maintiennent le carbone dans le sol tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre », a déclaré Eduardo Calvo, coprésident de l’Équipe spéciale du GIEC pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre.

Terres émergées et changement climatique : stratégies de parade

Les politiques qui ne portent pas sur les terres et l’énergie, mais sur les transports et
l’environnement, par exemple, peuvent contribuer elles aussi très sensiblement à la lutte contre le changement climatique. Il importe d’agir rapidement pour plus d’efficacité et pour éviter des pertes.

« Certaines mesures sont déjà appliquées. Nous utilisons des techniques particulières et appliquons de bonnes pratiques. Il s’agit simplement d’en faire usage à plus grande échelle et dans d’autres endroits adaptés où elles ne sont pas encore mises à profit », a déclaré Panmao Zhai, coprésident du Groupe de travail I du GIEC.

« Une exploitation plus durable des terres, une réduction de la surconsommation et du gaspillage de nourriture, l’élimination du défrichement et du brûlage des forêts, une moindre exploitation du bois de chauffage et la réduction des émissions de gaz à effet de serre nous offrent un réel potentiel d’amélioration et contribueraient à résoudre les problèmes de changement climatique en lien avec les terres émergées », a-t-il ajouté.

Précisions sur le rapport

Le titre exact du rapport est le suivant :

Changement climatique et terres émergées : rapport spécial du GIEC sur le changement climatique, la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable
des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres.

Il s’agit de l’un des trois rapports spéciaux que le GIEC a entrepris d’établir au cours du sixième cycle d’évaluation.

Le rapport a été élaboré sous la direction scientifique des trois groupes de travail du GIEC, en coopération avec l’Équipe spéciale pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre et avec le soutien de l’Unité d’appui technique du Groupe de travail III.

Vous pouvez consulter le rapport du GIEC - en Anglais :( - ICI.

radinrue.com / avec WWF / Giec

 
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