vendredi, 23 août 2019|

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Cachemire : l’Église demande « un geste de réconciliation » à l’Inde

La révocation par le gouvernement central de l’autonomie constitutionnelle du Cachemire indien fait craindre un soulèvement populaire et une escalade des tensions entre l’Inde et le Pakistan voisin. Dans ce contexte potentiellement explosif, la communauté catholique tente de faire entendre sa voix, prônant la réconciliation et la retenue.

www.radinrue.com le X - VIII - MMXIX ; 13h40

« La situation au Cachemire est délicate et demande l’effort de tous, en faveur de la paix et de la réconciliation, afin qu’elle ne dégénère pas : aujourd’hui, nous l’accompagnons par notre prière », a déclaré à l’agence Fides Mgr Théodore Mascarenhas, évêque auxiliaire de Ranchi et ancien secrétaire général de la Conférence épiscopale indienne. Au nom de la communauté catholique de l’Inde, il exprime sa « proximité envers la population du Cachemire qui vit à nouveau des jours de tension et de souffrance », espérant « une évolution pacifique » et priant « pour la paix au Cachemire et dans l’ensemble de l’Inde ».

Le 5 août dernier, par une mesure approuvée par la Chambre basse du Parlement indien, l’Union indienne a révoqué le statut spécial reconnu à l’État du Jammu-et-Cachemire par la Constitution de 1947. La région du nord-ouest de l’Inde, unique État du pays à majorité musulmane – 68% des 14,5 millions d’habitants – deviendra un “territoire de l’Union”, administré donc par le gouvernement fédéral à travers un représentant de l’exécutif.

Le Cachemire est de nouveau au cœur d’un bras de fer entre l’Inde et le Pakistan. New Delhi a annoncé lundi matin 5 août révoquer l’autonomie dont bénéficiait la partie indienne de cette région disputée entre les deux pays, ouvrant la voie à un renforcement du gouvernement nationaliste hindou sur cette province à majorité musulmane. Un décrt applicable "immédiatement" a précisé le gouvernement indien.

Depuis 1949 et la première guerre indo-pakistanaise, le Cachemire bénéficiait d’une large autonomie, en dehors des domaines de la défense ou des affaires étrangères. Le Pakistan voisin a aussitôt dénoncé une "décision illégale".

Des Cachemiris isolés

Cette décision politique se tient dans un contexte de contrôle total de l’information : l’état indien a en effet imposé un blocus des communications, internet a été coupé dans la région et les journaux locaux ont cessé leur publication. Cette manœuvre de New Delhi suscite par ailleurs l’inquiétude dans cette province très militarisé où pas moins de 500 000 soldats sont déployés pour une population de 12 millions d’habitants.

Cette révocation, qui pourrait déboucher sur de nouvelles flambées de violence est ainsi une reprise en main des Indiens non cachmiris, promise par le BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir. explique Olivier Guillard, spécialiste du sous-continent indien à l’IRIS, l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques à Paris

Appel au calme d’un représentant de l’Église du Cachemire

Cette décision a provoqué de vives protestations et des tensions dans toute la région concernée. Selon le père Shaiju Chacko, porte-parole du diocèse de Jammu-Srinagar - le seul du Cachemire -, cela « pourrait générer un sentiment de distance et d’aliénation encore plus important chez la population locale vis-à-vis du gouvernement central, augmentant l’instabilité interne et les risques de radicalisation violente, en particulier des jeunes », dans une zone où les groupes djihadistes et extrémistes ont déjà perpétré de nombreux attentats.

Les forces de sécurité indiennes, soit 50 000 militaires envoyés par le gouvernement en renfort des 60 000 déjà présents, ont arrêté plus de 500 personnes depuis le début de la semaine, afin de prévenir le risque d’autres manifestations et d’attaques terroristes. Quelques 20 000 pèlerins et touristes ont été éloignés du Cachemire, et la région est de plus en plus coupée du monde extérieur. Dans ce climat particulièrement instable, « l’Église locale invite à la prudence, à ne pas céder à des dérives violentes et à garder le calme, souligne le père Shaiju Chacko. Nous continuons à travailler au niveau pastoral et social pour le bien de la population. Nous demandons au gouvernement de New Delhi un geste rassurant et de réconciliation en direction de la population locale qui n’a déjà que trop souffert », implore-t-il.

 
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