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Fête de la Ste. Trinité : DIEU À TANT AIMÉ LE MONDE

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » (Jn 3,16-18)

www.radinrue.com le XXXI-V- MMXVIII, 10:40 par Père H. Caldélari, MSC.

Le Père Caldelari dirige le Centre spirituel de la Pomarède qui a ouvert ses portes le 9 juillet 2000. Conçu pour être un espace de silence, de prière, de rencontre fraternelle, d’écoute de la Parole de Dieu et de formation chrétienne, ce centre accueille tous ceux qui aspirent à se ressourcer, qui cherchent Dieu, qui désirent approfondir leur foi ou développer leurs connaissances religieuses par des retraites spirituelles, des sessions de formation, des week-ends etc.

-- Centre spirituel La Pomarède – 15230 PAULHENC, Tél. 04 71 23 61 61 - Site internet :http://la-pomarede.cef.fr

Un Pharisien, ardent pratiquant de la Loi, est impressionné par les signes accomplis, l’enseignement et l’attitude de Jésus au Temple (Jn 2,13-25). Spécialiste de la Loi, Nicodème sait parfaitement ce qu’il faut faire pour obtenir la vie éternelle, mais ce jeune rabbi l’interpelle. Il veut en savoir davantage. En quelques mots, Jésus lui présente le projet de Dieu, son dessein sur le monde : ce qu’il a voulu, pourquoi il l’a voulu et ce qu’il en attend. Tout l’Evangile tient en ces deux versets ! Ces paroles livrent la clé d’interprétation de l’ensemble des Ecritures : l’amour de Dieu. Cela, et seulement cela, motive l’initiative du Père qui a donné et envoyé son Fils unique dans le monde. L’histoire sainte avec Israël devient avec Jésus une histoire d’amour entre Dieu et l’humanité, histoire d’amour illustrée et confirmée à la dernière cène : « Ayant aimé les siens qui sont dans le monde, il les aima jusqu’à l’extrême » (Jn 13,1)… Jusqu’à en avoir le cœur transpercé ! (Jn 19,31-37) Ces deux affirmations (Jn 3,1-18 et Jn 13,1) forment ce que l’on appelle une inclusion. C’est-à-dire que tous les événements, paroles, actes et signes de l’Evangile sont à interpréter à cette lumière. Tout ce que Dieu fait est l’œuvre de l’amour. Il n’y a pas d’autre motivation ni d’autre explication. Une Bonne Nouvelle à prendre ou à laisser !

Point de départ : l’amour

Dieu aime le monde, un monde constitué de pécheurs, hostiles à Dieu et soumis au pouvoir de Satan, mais un monde de femmes et d’hommes créés à son image, appelés à la sainteté et au bonheur de vivre en communion avec Lui. En chacun d’eux, même défiguré par le péché, le Père se reconnaît. Il y discerne sa ressemblance. Hélas ! Les êtres qui composent ce monde, à cause du péché d’origine (Gn 3,1-24), n’ont d’autre perspective que celle de subir le Mal qui les écrase, les déshumanise. Mais Dieu aime l’homme. Il ne l’abandonne pas à son malheur. D’où sa volonté de le sauver du désespoir et de la mort, le libérer de son enfermement pour lui communiquer sa propre vie et rétablir ainsi avec lui la communion d’amour brisée par le péché.

Dieu donne son Fils unique. Pour sauver ce monde, le Père donne ce qu’il a de plus cher, celui qui est un autre lui-même (Jn 14,10), son Fils unique, son bien-aimé. Il ne peut donner ni plus ni moins. En l’envoyant dans le monde, il se livre lui-même en son Fils qui ne fait qu’un avec lui (Jn 10,30). Il le donne non pour juger le monde ou le condamner, mais pour le sauver, moyennant la foi en sa parole. Ce monde pourri et dénaturé devient ainsi le berceau de l’Incarnation, le lieu de la Rédemption et de la Présence divine au milieu de son peuple, le paradis retrouvé. Le monde des hommes est précieux au Cœur de Dieu. Il l’a créé pour y faire sa demeure, sans aucune complicité avec le Mal.

Point d’arrivée : l’amour toujours

Dieu ne juge pas le monde. Il l’aime. Il n’exclut personne de son amour et s’offre à tous sans distinction, sans exception (Ac 10,25-48). Il ne trie pas entre bons et mauvais. Envoyé dans le monde, le Fils vient pour tous et, à travers lui, le Père s’abandonne à la liberté de chacun. La rupture, conséquence logique du refus de croire en sa parole qui est lumière et vie, est l’œuvre de l’homme, non celle de Dieu. L’amour ne s’impose pas. Il se donne. Chacun se situe en vérité devant lui. Croire à son amour, le refuser ou s’en moquer, dépend de nous. Celui qui ne croit pas se juge et se condamne lui-même. Par son refus, il se coupe de sa source de vie. Décision terrible et personnelle que Dieu respecte. Mais le Père est fidèle. Il ne renonce jamais à aimer celui qui se détourne de lui ou s’oppose à lui parce qu’il voit plus loin que le mal. Il voit l’homme et son malheur quand il est privé de ce pourquoi il est créé, son amour. Nous en avons une merveilleuse illustration dans le côté transpercé du Sauveur. Au moment où Jésus est rejeté par son peuple et condamné à mort, il répond à la haine par un signe d’amour, un cœur ouvert, offert comme un dernier « je t’aime » adressé à ses bourreaux et à ceux qui l’insultent, comme un ultime appel à croire à son amour indéfectible.

Dieu ne condamne pas le monde. Il n’enferme jamais l’homme dans l’impasse où le conduit son péché. Il multiplie au contraire les occasions qui favorisent sa conversion et son retour à la vie. Il ne demande rien en échange si ce n’est de croire en son amour et accueillir sa miséricorde (Lc 23,40-43 : le bon larron). C’est tout simple ! Cela suffit pour être sauvé ! Le salut n’est pas le fruit de nos efforts, de notre fidélité à la Loi ou de notre rigueur morale, comme le pensaient les pharisiens. Il est et demeure un don gratuit proposé à tous, à condition de croire en son amour manifesté en son Fils. Croire que Dieu nous aime « pécheurs » est ce qui fonde notre comportement moral et nos actions. Celles-ci apparaîtront dès lors comme la digne réponse de notre foi à l’amour offert. L’amour est premier. Nos actes ne le méritent pas, mais ils confirment que nous l’avons pris au sérieux.

Faisons comme Dieu : aimons notre monde

Dieu n’a pas fuit ni détruit ce monde « dévergondé » auquel nous appartenons et dont nous sommes plus ou moins complices.
Parce qu’il aime l’homme qui l’habite, il a envoyé son Fils dans ce monde dénaturé par le Mal pour le faire émerger des ténèbres du mensonge à la lumière de la Vérité, le faire passer de la haine à l’amour, de la mort à la vie. À son tour, le Seigneur Jésus nous envoie dans ce monde comme le Père l’a envoyé (Jn 20,19-23) pour y accomplir ce qu’il a fait, être ce qu’il a été : le Cœur de Dieu sur la terre. En nous montrant ses mains et son côté, il nous indique la marche à suivre : aimer ce monde comme lui (son côté) et nous mettre au service des hommes jusqu’au don de notre vie comme lui (ses mains).

Aimer l’homme sans être complice du mal. Jésus nous apprend à aimer le pécheur et à combattre le mal dont il est la victime ou le propagateur. Il sait reconnaître en chacun ce qu’il y a de beau et de bon. À ses yeux, nous ne sommes pas mauvais parce que nous sommes pécheurs. Nous sommes pécheurs parce que nous sommes faibles. Jésus n’identifie jamais le pécheur à son péché, contrairement à ce que nous faisons souvent. Son regard ne s’arrête pas au mal qui nous dénature, mais il voit en chacun ce qui est inaltérable, ce qui fait sa grandeur et sa dignité, l’image et l’empreinte du Créateur. Le Seigneur porte sur les pécheurs un regard de bienveillance et de tendresse. Il ne les juge pas, ne les condamne pas et ne les exclut pas de son amitié (Judas). Il sait que le pécheur a besoin de se savoir aimé et respecté dans sa dignité malmenée pour avoir la force de se libérer de ce qui l’opprime, échapper ainsi aux influences du Mauvais. Est-ce notre attitude ? Pour nous protéger du mal et de ses influences néfastes, ne nous arrive-t-il pas de rejeter ou de mépriser celui qui agit en contradiction avec nos valeurs et vit dans le péché ? Le fuyons-nous ? L’ignorons-nous ? L’excluons-nous de nos relations ou de notre amitié pour préserver notre réputation ? Cherchons-nous à l’aider ou n’est-il qu’objet de dédain, de méfiance, de critiques de notre part ?

Il est clair qu’on ne peut tolérer ni accepter le mal, pas plus qu’on ne peut le minimiser ou le justifier dans le but de ménager le pécheur, de ne pas lui faire de la peine, de préserver de bonnes relations, éviter des problèmes. Peut-être nous est-il arrivé de nous taire, de fermer les yeux sur le mal par faiblesse, par intérêt ? Tout ce qui avilit, blesse et défigure l’homme doit être dénoncé et combattu sans ambiguïté, sans concession, mais toujours dans le respect de la personne, car celle-ci vaut plus que son péché. Il y a en elle une dignité inaltérable que la multitude de ses fautes ne saurait détruire : sa ressemblance à Dieu.

Jésus s’est montré solidaire des pécheurs tout en s’opposant avec vigueur au péché. Il les a fréquentés sans crainte de se ’’salir’’ ou de se faire critiquer. En eux, il chérissait des « fils bien-aimés » du Père, ses frères malheureux, enchaînés par le Mal dont il fallait les libérer. Sommes-nous solidaires de ceux qui sont victimes du mal pour les aider et les soutenir dans les efforts qu’ils font pour s’en sortir, retrouver leur dignité ? Savons-nous les accompagner avec patience et persévérance ? Jésus ne fuyait pas la compagnie des gens à la conduite douteuse, quel regard portons-nous sur eux : un regard de jugement, de condamnation, de mépris comme celui de Simon (Lc 7,39) ou des pharisiens (Jn 8,1- 11) ? Les abandonnons-nous à leur sort, prétextant qu’ils sont mauvais, voire dangereux, par crainte d’être contaminés par eux, entraînés au péché ? Comment considérons-nous la société et les hommes qui nous entourent, comme un monde méprisable, à rejeter, à vomir, ou un monde à sauver de l’emprise du Mal ? Avons-nous sur le monde un regard d’espérance ? Croyons-nous que le Seigneur a besoin de nous pour faire de ce monde le marchepied du ciel ?

Sommes-nous assez bienveillant et amoureux de l’homme pour reconnaître ce qu’il y a de positif en chacun, apprécier ses talents, collaborer avec lui à rendre le monde meilleur, ceci malgré ses manques, ses faiblesses ou des choix de vie que nous désapprouvons ? Sommes-nous convaincus que l’homme n’est ni tout mauvais ni tout bon et que ce monde est beau, plein d’avenir, parce que Dieu l’aime ? Le Seigneur nous y a placés pour l’aimer jusqu’à donner notre vie pour lui et collaborer à le rendre plus humain. Comment luttons-nous contre le mal et tout ce qui porte atteinte à la dignité de l’homme ? Avec quels moyens : douceur, pardon, compassion, coercition, violence, amour ? Travaillons-nous à libérer ceux qui nous entourent de leurs esclavages : pouvoir, argent, consommation, addictions, paraître, etc. Le fait de savoir que nombre de nos contemporains se perdent et jouent dangereusement leur avenir est-il pour nous une souffrance, une préoccupation majeure, une angoisse (cf. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Marthe Robin, le Saint Curé d’Ars) ou cela nous laisse-t-il indifférent ? Prions-nous pour la conversion des pécheurs ?

Dans le monde sans être du monde. Jésus nous invite à demeurer en ce monde sans crainte d’être pollué par lui, mais sans nous compromettre avec le Mal (à lire : Jn 17,11-19 + 1 Jn 4,4-9). Ne le fuyons surtout pas ! Le Seigneur ne nous demande pas de nous isoler du monde, de vivre dans une Eglise aseptisée, de purs et de saints, mais d’être présents à ce monde sans en partager les valeurs, d’y demeurer avec l’Esprit du Christ pour affronter le Mal avec la force de l’Esprit. La Parole de vérité que nous a donnée Jésus, la révélation du nom de Dieu, Père, tout cela nous a séparés du monde sans nous couper de lui. Grâce à l’Esprit qui demeure en nous, nous appartenons désormais à Dieu. Nous ne sommes plus soumis au monde d’en bas, à la puissance et à l’esprit du Mal (Rm 8). N’abandonnons jamais les pécheurs à leur sort pour nous mettre à l’abri. Ce serait trahir le Christ. L’amour des pécheurs a poussé Jésus à donner sa vie pour eux. Et nous ? On ne peut libérer quelqu’un de ses entraves si nous ne l’aimons pas plus qu’on ne déteste son péché. Aimons-nous assez les pécheurs pour leur apporter l’espérance et l’amour qui nous font vivre ? Nous sommes le levain dans la pâte, le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5,13-16). Fuir le monde serait le priver du Christ dont nous sommes les témoins et le reflet : « Que ton règne vienne ! » N’hésitons pas à donner notre vie et nous investir pour combattre le mal multiforme qui défigure l’homme et le prive de sa dignité. Le monde des hommes est le monde de Dieu. Il est notre Terre Sainte, notre Galilée. C’est là que nous rencontrons le Sauveur parce que c’est là qu’il est né, qu’il est mort et ressuscité. Aimons ce monde comme Dieu l’aime. Il nous conduit à Dieu. Le fuir serait nous faire illusion et nous perdre.

Henri CALDELARI msc

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