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PÂQUES — Réflexion — Le silence est d’or, la parole est d’argent

Garder la porte de son cœur ouverte - PARTIE III

www.radinrue.com le XXXI - III - MMXVII, 15:01, par P. Henri CALDELARI msc ;

Regard et écoute sont indispensables à la relation. Mais ils ont besoin de la parole pour exprimer ce que l’on a compris et ressenti devant ce qui a été vu ou entendu. Jésus ne se contente pas de voir, d’écouter, il répond aux questions qui lui sont posées. Il réagit aux situations qu’il a sous les yeux. Par sa parole et ses actes, il dévoile les pensées secrètes de son cœur : « Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. » (Mt 12,34). Les intentions du cœur se dévoilent par la parole. Les mots précisent ce que l’intelligence perçoit, ce que le cœur éprouve. Sans la parole, impossible de savoir ce que l’autre pense ni ce qu’il ressent, impossible de savoir si son cœur est ouvert, s’il nous a compris ou non.

Le silence est d’or, la parole est d’argent

« Le silence est d’or, la parole d’argent », dit le proverbe. Cela dépend des circonstances. Autant le silence est admirable quand il exprime la dignité, le respect, la délicatesse, le refus de se venger ou de se défendre (Jn 18,18-38), autant il est minable et indigne quand il souligne la compromission, tolère le mensonge, couvre l’injustice et respire la mauvaise foi (Mt 21,24-27 ; Mc 3,1-6). La parole est d’or quand elle est au service de l’amour et de la vérité, quand elle crée une relation vraie de confiance et favorise la paix, quand elle encourage, pardonne et fait vivre celui qui la reçoit. La parole explicite le regard ou le geste qui, par eux-mêmes, peuvent revêtir des significations diverses comme, par exemple, les baisers de Marie-Madeleine (Lc 7,38) ou celui de Judas (Mt 26,48). Ai-je le courage de parler quand cela est nécessaire ? Nous connaissons tous le petit singe qui met ses doigts sur ses yeux, sa bouche et ses oreilles : « Je ne vois rien, je n’entends rien et je ne dis rien ! » Il ne faut pas confondre la discrétion avec le devoir de dire la vérité. Relisons à ce propos le procès de Jésus pendant sa Passion, la façon dont il répond à ceux qui le frappent, l’injurient, l’interrogent (Mc 14,53-65 et 15,1-5 ; Lc 23,6-9 ; Mt 26,57-63) ou devant l’attitude des pharisiens (Mt 21,23-27 ; Jn 8,1-11).

Regard et parole se complètent. Rappelons-nous comment Jésus a fait revivre (renaître) Pierre, la Samaritaine, la femme adultère, Zachée, Marie-Madeleine, l’aveugle-né : un regard et une parole. Le regard sort de l’anonymat, la parole libère, crée la nouveauté. L’Evangile foisonne de récits qui montrent combien « regard, écoute et parole » sont étroitement imbriqués pour manifester un cœur ouvert : l’aveugle de Jéricho (Lc 18,25-43) ; la Samaritaine (Jn 4) ; la femme Cananéenne (Mt 15,21-28), etc. La rencontre avec la femme adultère est, à ce sujet, significative. Elle demeure devant le Maître tant qu’elle n’a pas rencontré son regard et entendu sa parole : « Jésus se redressa et lui dit : « Femme, personne ne t’a condamnée ?... Moi non plus je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus. » (Jn 8,10-11) Savons-nous accompagner nos regards et nos gestes de paroles bienveillantes, constructives, positives, qui font vivre et encouragent ? Avons-nous la simplicité de rectifier, de contester ou de faire préciser ce que nous avons vu et entendu ? Il y a des paroles et des silences qui tuent. La parole est plus précieuse que l’or fin quand elle révèle un cœur ouvert, bon et accueillant. Nos paroles en sont-elles le reflet ? Avons-nous, à travers ce que nous disons et la façon de nous exprimer, le souci de garder ouverte la porte de notre cœur ? Dans le cas contraire, pourquoi la fermons-nous : par indifférence, égoïsme, vengeance, peur de souffrir, colère, jalousie ?

Du cœur à la bouche

« Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. (Mt 12,34)… L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon (Lc 6,45)… C’est d’après tes paroles que tu seras justifié, et c’est d’après tes paroles que tu seras condamné (Mt 12,37). »

Les yeux comme les oreilles enregistrent tout, le bon comme le mauvais. Mais il appartient au cœur de discerner et de filtrer les informations reçues. Un cœur « bon » se réjouit de tout ce qui est positif pour le mettre en valeur et l’encourager. Il s’abstient de juger et de diffuser des pensées mauvaises, malveillantes, parce qu’il sait faire la différence entre ce qu’une personne est, ce qu’elle fait, ce qu’elle dit. Il ne la réduit pas à ses actes. Il croit qu’elle vaut mieux et plus qu’elle ne paraît. Un cœur bon ne produit que des paroles bienveillantes et constructives, mêmes quand elles dénoncent le mal et proposent des mises en garde. Les paroles méchantes, mensongères et jalouses, les paroles qui jugent et condamnent, celles qui enferment l’autre dans des étiquettes, émanent d’un cœur mauvais, malade : « Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits (Mt 7, 18)… L’homme mauvais, de son trésor [de son cœur], retire de mauvaises choses » (Mt 12,35). Qu’expriment nos paroles : un cœur bon, généreux, bienveillant et vrai ou un cœur malade, mauvais, dur, jaloux, aigri ? Quels sont les fruits [les paroles] produits par notre cœur ? Suscitent-ils la joie, la paix ou l’amertume, la tristesse ? Suis-je attentif aux mots que j’utilise et à la façon dont je les prononce : colère, agacement, douceur, mépris ? Mes paroles blessent-elles ou encouragent-elles ? Sont-elles source de vie ou divisent-t-elles ? Mes paroles sont-elles une source de vie, un don pour l’autre ?

Aujourd’hui, nous sommes pris dans un flot de paroles et d’informations diverses. Les rumeurs et les médisances détruisent des vies, salissent l’honneur de bien des personnes et mettent à bas des projets prometteurs. Les images comme les mots nous harcèlent de toute part, avons-nous le courage de faire la vérité ? Prenons-nous le temps de nous informer, de discerner ? Sommes-nous capables de dénoncer les combines, les malhonnêtetés, les mensonges politiques ou autres ? Nous taisons-nous par peur des conséquences, pour éviter de faire des vagues, protéger sa réputation ? Sommes-nous complices par notre silence de situations d’injustice, de méchanceté, de violence ? Colportons-nous des rumeurs ?

Un cœur ajusté à celui de Jésus

« Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur. » (Mt 11,29) Pour exprimer des paroles d’amour et de vérité qui font vivre ceux qui nous écoutent, pour avoir du cœur dans sa bouche ou parler avec cœur, il est nécessaire de nous ajuster au Cœur de Jésus. Deux choses le caractérisent : la douceur et l’humilité. L’humilité nous rend conscient de nos fragilités et nous empêche de juger quiconque ou de dire des paroles malveillantes à son encontre, car nous-mêmes avons tant besoin de bonté pour avancer dans la confiance. Elle est un véritable frein à nos ragots. La douceur manifeste notre expérience de la miséricorde du Père qui nous rend bienveillants face aux misères d’autrui. Il ne suffit pas d’être vrai dans nos paroles, il faut encore les exprimer avec douceur, sans mièvrerie, pour qu’elles soient consolation et encouragement. Elles susciteront alors un véritable élan de vie et de bien-être. Ceux qui nous entourent ont besoin qu’on leur parle avec douceur, tendresse et vérité. Et même si nous avons raison, que nos paroles ne les prennent jamais de haut !

Le Père Caldelari dirige le Centre spirituel de la Pomarède qui a ouvert ses portes le 9 juillet 2000. Conçu pour être un espace de silence, de prière, de rencontre fraternelle, d’écoute de la Parole de Dieu et de formation chrétienne, ce centre accueille tous ceux qui aspirent à se ressourcer, qui cherchent Dieu, qui désirent approfondir leur foi ou développer leurs connaissances religieuses par des retraites spirituelles, des sessions de formation, des week-ends etc.

-- Centre spirituel La Pomarède – 15230 PAULHENC, Tél. 04 71 23 61 61 - Site internet : http://la-pomarede.cef.fr

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