mardi, 26 novembre 2019|

42 visiteurs en ce moment

 

La Semaine sainte : une unité à l’épreuve du temps et de l’espace

La semaine sainte, et de manière inclusive, le Triduum et la vigile pascale, constituent le cœur de l’année liturgique et l’expression déployée du mystère pascal. Objet de réforme liturgique avant même le concile Vatican II, la Semaine sainte a été rendue accessible aux fidèles, notamment en restaurant des horaires des célébrations en cohérence avec leur signification.

www.radinrue.com le XX - III - MMXVII, 15h28, avec cef/snpls

Cette revitalisation visait une meilleure participation des fidèles aux célébrations et s’appuyait sur la redécouverte théologique de l’unité du mystère pascal du Christ, lequel est au cœur de la foi chrétienne : « si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1 Co 15, 14).

En 2003, le Service national de la catéchèse avait engagé une réflexion intitulée Aller au cœur de la foi, questions d’avenir pour la catéchèse ? Prenant appui sur le déroulement de la vigile pascale, elle avait trouvé un écho important auprès de nombreuses communautés chrétiennes.

Pourtant, la participation actuelle des chrétiens aux célébrations paroissiales demeure incertaine et interroge les responsables pastoraux. Par ailleurs, on voit aussi des chrétiens convaincus qui passent la semaine sainte dans un monastère, voulant honorer, par ce choix, sa dimension spirituelle de « retraite ».

Si la richesse de la semaine sainte n’est pas à démontrer, comment se fait-il qu’elle soit si peu perçue dans son unité ? Quels pourraient-être les ressorts de signification à mettre en valeur qui rendraient un tel déploiement de la liturgie de l’Église, pertinent pour aujourd’hui ? Ce questionnement ne cherche pas à donner des « recettes liturgiques » pour rendre les célébrations plus attractives (!) mais à réfléchir aux résonnances potentielles de la semaine sainte pour nos contemporains.

Un regard sur les pratiques actuelles nous conduira à nous interroger sur les significations de la semaine sainte, ouvrant le champ à une réflexion théologique sur la manière de la célébrer aujourd’hui.

Célébrer la semaine sainte en « zone périurbaine »

Par Gilles Drouin, Prêtre du diocèse d’Évry, chargé d’enseignement au séminaire d’Issy les Moulineaux et à l’Institut Supérieur de Liturgie du Theologicum (ICP).

On parle peu de ces zones ni vraiment rurales, ni urbaines, des zones grises qu’on qualifie volontiers du vilain mot de périurbain. Elles sont constituées de populations mélangées, agriculteurs autochtones, habitants des lotissements pavillonnaires fuyant la banlieue ou les quartiers trop chers des grandes villes. Avec eux, nous avons célébré la semaine sainte.

Célébration de la messe chrismale

Dans le diocèse d’Évry, nous avons fait le choix d’anticiper la célébration de la messe chrismale, et de la célébrer assez tard en soirée, afin de permettre à beaucoup de baptisés d’y participer. Malgré les affres des transports, la cathédrale est pleine le soir de la messe chrismale. Cette célébration de l’Église, née de la Pâque du Christ, a un côté pentecostal : le monde entier est là, coloré, chamarré, dans une belle diversité. La messe chrismale prend le visage d’une Épiphanie, reflet de l’unité profonde du peuple pour lequel Jésus a donné sa vie, une unité sacramentelle et pascale.

Les pauvres au pied de la Croix

La plus importante prison d’Europe, Fleury-Mérogis, est située dans le diocèse d’Évry. L’an passé, nos paroisses ont célébré le chemin de croix avec un livret dont les textes et les images avaient été réalisés par des détenus. Ce fut un signe très fort, tant de la communion par-delà les grilles et les portes des cellules, que de la réalité de la compassion du Christ à toutes les misères, à tous les enfermements.

Le vendredi soir, la fréquentation de l’office de la Passion est en nette hausse depuis des années. Le geste de l’adoration de la Croix ne se traduit plus seulement par un simple contact furtif, mais par un enlacement, une embrassade, un agenouillement, comme Marie Madeleine aux pieds de son Seigneur. Ce sont les pauvres qui viennent déposer à la fois leur douleur mais surtout leur amour, au pied de la Croix de leur Seigneur. Sont là, des femmes qui élèvent souvent seules leurs enfants, des hommes entre chômage et petits trafics…

La renaissance pascale

La vigile pascale, paradoxalement moins fréquentée qu’il y a quelques années, est désormais fortement marquée par la présence dans la communauté, des catéchumènes et de leurs familles. En effet, elle est l’occasion dans notre diocèse de célébrer les trois sacrements de l’initiation chrétienne. C’est une grâce pour ces communautés souvent essoufflées, d’accueillir cette moisson de chrétiens venus d’ailleurs, puisque beaucoup de nos catéchumènes sont d’origine africaine ou antillaise. Leur accueil est souvent chaleureux. Ces nouveaux venus apportent de leur côté, une fraîcheur propre à revitaliser un vieux tronc fatigué.

Pâques se donne, en périurbain comme ailleurs, dans un clair-obscur que nous avons à accueillir et à laisser fructifier.

radinrue.com

 
A propos de RADIN RUE
®© 1982 - 2019 Radin Rue — ISSN 2270-5864 — Radin Rue a été fondé en 1982 sous format papier, depuis 2001 Radin Rue ne paraît plus sous format imprimé. Il est publié sur internet depuis le 22 décembre 1997 et en tant que www.radinrue.com depuis 24 septembre 2000. Ce site est dépendant de la (...)
En savoir plus »