mercredi, 17 juillet 2019|

27 visiteurs en ce moment

 

Garder la porte de son cœur ouverte

Dans la Lettre précédente, j’écrivais : « Comment être une porte ouverte de la miséricorde ? Que faire pour que notre cœur ne se ferme pas, mais s’ouvre à celui qui frappe ? » Et j’ajoutais « que tout commence et passe par le regard, l’écoute. » Ouvrons donc aussi nos oreilles ! L’écoute est aussi importante que le regard. L’œil et l’oreille sont les organes essentiels et complémentaires de la communication. Le regard nous éveille à la personne, à une situation ; l’écoute attentive, en laissant l’autre exprimer ce qu’il vit ou ressent, permet de mieux saisir ce que les yeux ne captent pas, à savoir les pensées intimes, les désirs, les questions, etc. La parole dévoile et précise ce que le regard laisse deviner ou ne dit pas. Elle suscite une réponse qui est soit une adhésion, un engagement, soit un refus. Le regard amorce et oriente l’intérêt que nous portons à l’autre ; l’écoute le confirme et l’ajuste. Par l’écoute, nous accueillons l’autre en nous. Sa parole nous rejoint au plus intime et nous permet de mieux voir, de mieux comprendre. Ainsi, lorsque nous contemplons une peinture ou une sculpture, il y a ce que les yeux voient et ce que l’intelligence perçoit. Mais quand l’auteur explique ce qu’il a voulu exprimer, son œuvre dévoile sa richesse et sa signification profonde. La parole véhicule le sens, la pensée ; le regard met en valeur l’existence. Regard et écoute vont de paire. Ils sont indispensables à la relation comme à l’expression de la parole. Sans l’écoute le regard demeure imprécis, suggestif, incomplet. La parole confirme ou infirme le regard. D’où la nécessité d’une écoute attentive pour bien accueillir l’autre et le comprendre, être pour lui une porte ouverte de la miséricorde. Écouter, c’est faire miséricorde.

www.radinrue.com le XVII - II - MMXVII, 11h02, par le Père Henri Caldélari, MSC.

Le Père Caldelari dirige le Centre spirituel de la Pomarède qui a ouvert ses portes le 9 juillet 2000. Conçu pour être un espace de silence, de prière, de rencontre fraternelle, d’écoute de la Parole de Dieu et de formation chrétienne, ce centre accueille tous ceux qui aspirent à se ressourcer, qui cherchent Dieu, qui désirent approfondir leur foi ou développer leurs connaissances religieuses par des retraites spirituelles, des sessions de formation, des week-ends etc.

— Centre spirituel La Pomarède – 15230 PAULHENC, Tél. 04 71 23 61 61 - Site internet : http://la-pomarede.cef.fr

Le grand drame de nos contemporains n’est pas un manque de visibilité, mais un manque d’écoute. Ce manque conduit à la solitude qui s’installe dans les couples comme dans les relations communautaires ou de simple voisinage. Elle affecte les enfants, les adolescents, les malades dans les hôpitaux, les aînés dans les maisons de retraites, comme dans les logements privés, etc. Les orphelins de l’oreille sont multitude aujourd’hui. Cela nous préoccupe-t-il ? Que faisons-nous pour parer à cette détresse ? Plus les moyens d’informations augmentent et se perfectionnent, plus le mur du silence et de l’incompréhension se dresse entre les personnes parce qu’il y a toujours une machine qui s’interpose dans notre relation directe avec l’autre, la rend plus distante. Les moyens techniques ne favorisent l’écoute que s’ils facilitent les relations concrètes entre les personnes. Dans le sens contraire, elle les isole et va même jusqu’à tuer la relation. Créés à l’image et ressemblance de Dieu, nous sommes des êtres de relation. Celle-ci passe par le regard et l’écoute.

Écouter avec les oreilles de Jésus

Écoute est la première parole que Dieu adresse à son peuple (Dt 5,1 ; 64), la première que le Père adresse aux disciples : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! » (Mt 17,5). Écouter le Christ c’est écouter le Père, comme écouter les disciples c’est écouter le Christ : « Qui vous écoute, m’écoute. » (Lc 10,16) Cela vaut autant pour ceux à qui je m’adresse au nom du Seigneur, que pour moi lorsqu’ils m’interpellent en son nom. Cette écoute ne se fait pas n‘importe comment. Elle est exigeante et suppose l’engagement bienveillant de toute la personne qui se rend disponible à cet effet. Si nous voulons écouter Dieu et l’homme comme Jésus nous en donne l’exemple, prenons le temps de l’écouter et de le voir à l’œuvre. Le Seigneur est très attentif à ceux qui l’interpellent, quelles que soient leurs raisons (Lc 18,35-42 : l’aveugle de Jéricho ; Lc 17,11-19 : les 10 lépreux ; (Lc 7,1-10 : le centurion de Capharnaüm ; Mc 7,24-30 : la guérison de la fille de la femme Syro-Phénicienne ; Lc 8,40-56 : la fille de Jaïre, etc).

Il est disponible à ses disciples qui ont besoin de partager leur joie, leurs préoccupations (Lc 9,10-14) ou leurs désirs (Mt 20,20-28 : Jacques et Jean). Il les corrigent (Mc 14,3-9 : l’onction de Béthanie) et les encouragent. Il prend leur défense (Lc 20,21-26 : l’impôt dû à César) et ne craint pas d’écouter ses adversaires (Lc 20,1-8), même Satan (Mc 1,23-27 ; 5,1-20 et Lc 8,26-33) ! Jésus ne se contente pas d’écouter en passant, d’une manière superficielle, mais il est capable, en passant, de s’arrêter et d’entrer en dialogue avec ceux qui s’adressent à lui. Personne n’est exclu : Juifs, païens, hommes, femmes, enfants, pharisiens, pécheurs, docteurs de la Loi, puissants, pauvres, esclaves, etc. Il les écoutent tous et répond à leurs questions. Un vrai modèle d’écoute ! Osons-nous écouter comme Jésus qui ne craignait jamais d’écouter quiconque ? En prenons-nous le temps ?

Du cœur au creux de l’oreille

« Prenez garde à la manière dont vous écoutez » (Lc 8,18). Écouter avec les oreilles de Jésus, c’est mettre du cœur dans ses oreilles. C’est écouter en ayant en nous les sentiments qui sont dans le Cœur du Christ : bonté, bienveillance, patience, douceur et humilité (Col 3,12-17). C’est prêter une oreille attentive à celui qui souffre ou qui désire parler, sans le juger ni s’offusquer de ce qu’il dit, et se rendre disponible dès qu’il en manifeste le besoin, pas seulement quand on a le temps ou l’envie de le faire.

C’est s’intéresser à lui, l’aider à s’exprimer tout en respectant ses silences, avoir le courage de répondre à ses questions en vérité, sans complaisance, corriger celui qui est dans l’erreur. N’hésitons pas à prendre des initiatives pour aider quiconque à se libérer d’un souci, d’un poids qui l’opprime, mais jamais par curiosité. Il faut surtout écouter jusqu’au bout avant de répondre, avec une extrême discrétion et beaucoup de délicatesse. Écouter calmement, sans donner l’impression que l’autre nous dérange, ou que l’on est pressé, surbooké. Écouter, c’est avoir de la considération et du respect pour celui qui se confie à nous. C’est l’accueillir en soi et nous laisser remplir de lui. Ne pas l’écouter est une forme de rejet, de mépris. C’est comme s’il n’existait pas ou ne comptait pas pour nous. Si nous sommes imbus de nous-mêmes, « égocentrés », si l’on n’est pas ouvert à celui qui pense différemment de nous, concernant par exemple la foi, la liturgie, la politique, etc., nous sommes incapables d’écouter.

Reconnaissons que cette écoute est parfois ennuyeuse, usante, surtout quand elle n’aboutit à rien, que rien ne change. Écouter ne veut pas dire satisfaire la logorrhée de ceux qui cherchent à capter notre attention pour se mettre en valeur, passer leur ennui ou critiquer tout le monde. Y a-t-il des personnes que je n’écoute jamais, que je n’ai plus envie d’entendre, pourquoi ? M’arrive-t-il de renoncer à écouter par lassitude, agacement, peur de ne pas savoir répondre aux questions, parce qu’on me dérange dans mes habitudes, parce que je suis critiqué, contesté dans ma manière d’être et d’agir, parce que je suis fâché ou pour préserver ma tranquillité ? Comment écoutons-nous : en faisant semblant, d’une oreille distraite, ennuyée, ou avec patience, bienveillance ? Celui qui écoute capte la confiance de l’autre. Il ne peut en aucun cas divulguer ce qui est dit ni s’en moquer. Est-ce que je souffre de ne pas être écouté, de n’avoir personne avec qui parler ? Quelles sont les personnes qui, autour de moi, souffrent de solitude ? Osons-nous écouter ceux qui ont des conceptions de la vie autres que les nôtres ?

Henri CALDELARI msc

radinrue.com

 
A propos de RADIN RUE
®© 1982 - 2018 Radin Rue — ISSN 2270-5864 — Radin Rue a été fondé en 1982 sous format papier, depuis 2001 Radin Rue ne paraît plus sous format imprimé. Il est publié sur internet depuis le 22 décembre 1997 et en tant que www.radinrue.com depuis 24 septembre 2000. Ce site est dépendant de la (...)
En savoir plus »