lundi, 24 février 2020|

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Querida Amazonia : Nouvelles voies d’évangélisation, pour la protection de l’environnement et le salut des pauvres.

www.radinrue.com le XII - II - MMXX, 17:39, A. Gissoti (VN) ;

« L’Amazonie bien aimée se présente au monde dans toute sa splendeur, son drame et son mystère ». C’est par ces mots que commence l’exhortation apostolique post-synodale, Querida Amazonia. Le Souverain pontife, dans les premiers points, explique « le sens de cette Exhortation » parsemée de références aux documents des conférences épiscopales des pays de l’Amazonie mais aussi aux poèmes d’auteurs liés à l’Amazonie. Le Pape souligne qu’il souhaite « exprimer les résonances » que le Synode a provoquées en lui ; et précise qu’il n’entend pas remplacer ou répéter le Document final qu’il invite à lire « dans son intégralité », en espérant que toute l’Église se laissera « enrichir et questionner » par ce dernier et que l’Église en Amazonie s’engagera « pour son application ». François partage ses « rêves pour l’Amazonie », dont le sort doit concerner tout le monde car cette terre est aussi « la nôtre ». Il formule « quatre grands rêves » : que l’Amazonie « lutte pour les droits des plus pauvres », « préserve cette richesse culturelle », « préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle », et enfin, que les communautés chrétiennes soient « capables de se donner et de s’incarner en Amazonie ».

Le rêve social : l’Église aux côtés des opprimés

Le premier chapitre de Querida Amazonia est consacré au « rêve social » et souligne qu’« une vraie approche écologique » est aussi une « approche sociale ». Tout en appréciant le « bien-vivre » des indigènes, il met en garde contre le « conservatisme » qui ne se préoccupe que de l’environnement. Sur un ton vibrant, François parle d’« injustice et de crime ». Il rappelle que Benoît XVI avait déjà dénoncé « la dévastation de l’environnement en Amazonie ». Les peuples originels, prévient-il, sont soumis à l’« asservissement » de la part des pouvoirs locaux et extérieurs. Pour le Pape, les opérations économiques qui alimentent la dévastation, les meurtres, et la corruption, méritent le nom d’« injustice et de crime ». Et comme Jean-Paul II, il réaffirme que la mondialisation ne doit pas devenir un nouveau colonialisme.

Que les pauvres soient entendus sur l’avenir de l’Amazonie

Face à une telle injustice, le Souverain pontife demande de « s’indigner et de demander pardon ». Pour François, il faut des « réseaux de solidarité et de développement ». Il appelle tout le monde, y compris les dirigeants politiques, à s’engager. Puis, le Pape s’arrête sur la question du « sens communautaire ». Il rappelle que pour les peuples amazoniens, les relations humaines « sont imprégnées de la nature environnante ». C’est pourquoi, écrit-il, ils vivent un véritable « déracinement » lorsqu’ils sont « contraints d’immigrer en ville ». La dernière partie du premier chapitre est consacrée aux « institutions dégradées » et au « dialogue social ». Le Pape dénonce le mal de la corruption qui empoisonne l’État et ses institutions. Il espère que l’Amazonie deviendra « un lieu de dialogue social » avant tout « avec les derniers ». Que la voix des pauvres, avertit le Pape, soit « la voix la plus forte » sur l’Amazonie.

Le rêve culturel : prendre soin du polyèdre amazonien

Le deuxième chapitre est consacré au « rêve culturel ». François précise dès le début que « promouvoir l’Amazonie » ne signifie pas « la coloniser culturellement ». Il utilise ainsi une image qui lui est chère : « le polyèdre amazonien ». Il est nécessaire de lutter contre la « colonisation post-moderne », et il est tout autant urgent de « prendre soin des racines ». Citant Laudato Si’ et Christus Vivit, il souligne que la « vision consumériste de l’être humain » tend à « homogénéiser les cultures » et que cela impacte surtout les jeunes. C’est à eux que le Pape demande de « prendre en charge les racines » et de « retrouver la mémoire perdue ».

Non à l’indigénisme fermé, la nécessité d’une rencontre interculturelle

L’Exhortation poursuit sur la « rencontre interculturelle ». Même les « cultures prétendument plus évoluées », observe François, peuvent apprendre des ethnies qui ont « développé un trésor culturel en étant liées à la nature ». La diversité n’est donc pas « une frontière » mais « un pont ». Le Pape dit non à un « indigénisme complètement fermé ». La dernière partie de ce chapitre concerne les « cultures menacées » et les « peuples à risque », avec une recommandation pour tout projet concernant l’Amazonie : « il faut inclure la perspective des droits des peuples ». Ceux-ci, précise le Saint-Père, « peuvent difficilement rester intacts » si l’environnement dans lequel ils sont nés et se sont développés « se détériore ».

Le rêve écologique : combiner le souci de l’environnement et celui de l’homme

Le troisième chapitre, « Un rêve écologique », est celui qui est le plus étroitement lié à l’encyclique Laudato Si’. Dans l’introduction, il est souligné qu’en Amazonie, il existe une relation étroite entre l’être humain et la nature. Prendre soin de nos frères comme le Seigneur prend soin de nous, écrit le Pape, « est la première écologie dont nous avons besoin ». La protection de l’environnement et la prise en charge des pauvres sont « inséparables ». François se penche ensuite sur le « rêve fait d’eau », citant Pablo Neruda et d’autres poètes locaux sur la force et la beauté du fleuve Amazone. Avec leurs poèmes, écrit-il, ils « nous aident à nous libérer du paradigme technocratique et consumériste qui détruit la nature ».

A l’écoute du cri de l’Amazonie, que le développement soit durable

François estime qu’il est urgent d’écouter « le cri de l’Amazonie », et rappelle que l’équilibre planétaire dépend de la santé de cette vaste région. Il y a, écrit-il, de puissants intérêts pas uniquement au niveau local, mais également internationaux. La solution n’est donc pas « l’internationalisation » de l’Amazonie, mais plutôt l’accroissement de « la responsabilité des gouvernements nationaux ». Le développement durable, poursuit-il, exige que les habitants soient toujours informés des projets qui les concernent et souhaite la création d’un « système normatif » avec des « limites infranchissables ». Il appelle en conséquence à la « prophétie de la contemplation ». En écoutant les peuples originels, souligne-t-il, on peut aimer l’Amazonie « et pas seulement l’utiliser » ; on peut y trouver « un lieu théologique, un espace où Dieu lui-même se montre et appelle ses enfants ». La dernière partie du troisième chapitre s’intitule « éducation et habitudes écologiques ». Le Pape souligne que l’écologie n’est pas une question technique, mais qu’elle comporte toujours « un aspect éducatif ».

Le rêve ecclésial : développer une Église à visage amazonien

Le dernier chapitre, le plus substantiel, est consacré « plus directement » aux pasteurs et aux fidèles catholiques et se concentre sur le « rêve ecclésial ». Le Pape invite à « développer une Église au visage amazonien » à travers une « grande annonce missionnaire », une « annonce indispensable en Amazonie ». Pour le Saint-Père, il ne suffit pas d’apporter un « message social ». Ces peuples ont « le droit à l’annonce de l’Evangile », écrit-il, sinon « toute structure ecclésiale se transformera en une ONG ». Une partie importante est donc consacrée à l’inculturation. Reprenant Gaudium et Spes, François parle de « l’inculturation » comme d’un processus qui « porte à sa plénitude à la lumière de l’Évangile » ce qu’il y a de bon dans les cultures amazoniennes.

Une nouvelle inculturation de l’Évangile en Amazonie

François approfondit la question en soulignant les « chemins d’inculturation en Amazonie ». Les valeurs présentes dans les communautés d’origine, écrit-il, doivent être prises en compte « dans l’évangélisation ». Et dans les deux paragraphes suivants, il s’attarde sur l’« inculturation sociale et spirituelle », pour souligner qu’étant donnée la pauvreté de nombreux habitants de l’Amazonie, l’inculturation doit avoir « une odeur fortement sociale ». Parallèlement, cependant, la dimension sociale doit être intégrée à la dimension « spirituelle ».

Des sacrements accessibles à tous, en particulier aux pauvres

L’Exhortation indique les « points de départ pour une sainteté amazonienne » qui ne doit pas copier les « modèles des autres régions ». Elle souligne qu’« il est possible de recueillir d’une certaine manière un symbole autochtone sans le qualifier nécessairement d’idolâtrie ». On peut valoriser, peut-on lire ensuite, un mythe « chargé de sens spirituel » sans nécessairement le considérer comme « une erreur païenne ». Il en va de même pour certaines fêtes religieuses qui, bien qu’elles nécessitent un « processus de purification », « contiennent une signification sacrée ».

Un autre passage significatif de Querida Amazonia porte sur l’inculturation de la liturgie. Le Souverain pontife note que le concile Vatican II avait déjà appelé à un effort d’« inculturation de la liturgie chez les peuples autochtones ». Il rappelle également, dans une note, que lors du synode, « la proposition d’élaborer un rite amazonien » a germé. Les sacrements, exhorte François, « doivent être accessibles surtout aux pauvres ». L’Église, poursuit-il rappelant Amoris laetitia, ne peut pas être transformée en « douane ».

Les évêques d’Amérique latine envoient des missionnaires en Amazonie

À cela s’ajoute le thème de « l’inculturation de la ministérialité » auquel l’Église doit apporter une réponse « courageuse ». Pour le Pape, « une plus grande fréquence de la célébration de l’eucharistie » doit être garantie. À cet égard, il rappelle qu’il est important de « déterminer ce qui est plus spécifique au prêtre ». La réponse, lit-on, se trouve dans le sacrement de l’Ordre Sacré qui établit que seul le prêtre peut présider l’eucharistie. Comment, alors, « assurer ce ministère sacerdotal » dans les régions éloignées ? François exhorte tous les évêques, en particulier ceux d’Amérique latine, « à être plus généreux », en orientant ceux qui « montrent une vocation missionnaire » à choisir l’Amazonie et les invite à revoir la formation des prêtres.

Favoriser un protagonisme des laïcs dans les communautés

Après les sacrements, Querida Amazonia se penche sur les « communautés pleines de vie » dans lesquelles les laïcs doivent assumer « des responsabilités importantes ». Pour le Pape, en effet, il ne s’agit pas « seulement de faciliter une plus grande présence des ministres ordonnés ». Un objectif « très limité » si l’on ne suscite pas une « nouvelle vie dans les communautés ». De nouveaux « services laïcs » sont donc nécessaires. Ce n’est qu’à travers « un rôle important des laïcs », rappelle-t-il, que l’Église pourra répondre aux « défis de l’Amazonie ». Pour le Souverain pontife, les personnes consacrées occupent également une place spécifique, tandis qu’il rappelle le rôle des communautés de base qui ont défendu les droits sociaux et encourage en particulier l’activité du REPAM et des « équipes missionnaires itinérantes ».

De nouveaux espaces pour les femmes, mais sans cléricalisation

Le Pape a consacré un espace à part à la force et au don des femmes. Il reconnaît qu’en Amazonie, certaines communautés ne se sont maintenues que « grâce à la présence de femmes fortes et généreuses ». Il avertit cependant qu’il ne faut pas réduire « l’Église à des structures fonctionnelles ». Si tel était le cas, de fait, elles ne se verraient attribuer un rôle que si elles avaient accès à l’Ordre Sacré. Pour le Pape, la cléricalisation des femmes doit être rejetée, en accueillant plutôt une modalité de contribution féminine qui prolonge « la force et la tendresse de Marie ». Il encourage l’émergence de nouveaux services pour les femmes, qui - avec la reconnaissance publique des évêques - influencent les décisions pour les communautés.

Lutte commune des chrétiens pour défendre les pauvres de l’Amazonie

Il faut « élargir des horizons au-delà des conflits » estime François, et se laisser interpeller par l’Amazonie pour « surmonter des perspectives limitées » qui « demeurent enfermées dans des aspects partiels ». Le quatrième chapitre se termine sur le thème de la « cohabitation œcuménique et interreligieuse » au profit de laquelle le Pape invite les croyants à « trouver des espaces pour discuter et pour agir ensemble pour le bien commun ». « Comment ne pas lutter ensemble ? » - demande François. Comment ne pas prier ensemble et travailler côte à côte pour défendre les pauvres de l’Amazonie ?

Confions l’Amazonie et ses peuples à Marie

François conclut Querida Amazonia par une prière à la Mère de l’Amazonie. « Mère, regarde les pauvres de l’Amazonie », récite un passage de sa prière, « parce que leur maison est en cours de destruction pour des intérêts mesquins. (...) Touche la sensibilité des puissants parce que même si nous sentons qu’il est tard tu nous appelles à sauver ce qui vit encore ».

rr/VN

 
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