dimanche, 10 mai 2020|

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Covid19 et 1er Mai : Pour un examen de conscience sur la valeur du travail et la dignité humaine

www.radinrue.com le II -V-MMXX, 13h00, par Abbé Alfred Waly SARR, Recteur, Grand Séminaire Libermann - SEBIKHOTANE, Sénégal ;

Cher ami, en cette fête du travail, toujours placée en Eglise, sous le regard et l’exemple de Saint Joseph travailleur, je voudrais, en te proposant en partage cette méditation, te donner la bénédiction du Seigneur : qu’il bénisse ta personne et te donne de trouver dans ta profession, un travail qui respecte ta dignité.

Avec la pandémie du Covid-19, la fête du travail a pris, cette année, une tournure véritablement spéciale. On ne verra certainement pas dans les artères de Dakar des pancartes et de drapeaux entourés de « nirrolé » (uniformes) rivalisant d’éclat et de beauté. Mais cela se fera autrement, car on ne confine pas l’esprit et son ingéniosité. La fête aura bien lieu !

Oui, même avec soi-même la fête aura lieu. Je te propose alors, en rappel, quelques repères qui peuvent encore t’aider à réfléchir, à prier et à fêter autour de ce « travail »

La noblesse et la valeur du travail.

De prime abord, le terme travail renvoie quasi-immédiatement au verset de 19 du chapitre 3 de la Genèse, qui affirme : « tu mangeras à la sueur de ton front. » Cette activité de l’humain pourrait alors être vue comme une sanction divine. C’est la conception répandue du « travail-sanction » qui faire dire avec Job : « Vraiment, la vie de l’homme une corvée. » (cf.Job 7, 1).

Et pourtant, avant cette connotation négative, le travail revêt une éminente valeur, une grande noblesse. Rappelons-nous que c’est à la fin de toute son œuvre que Dieu créa l’homme et la femme, en leur demandant de soumettre la terre et de l’emplir. (cf. Gn 1,28). Il faisait ainsi de nous des coauteurs et des cocréateurs. Le travail assumé avec responsabilité et bien accompli nous fait ressembler au Créateur. En conséquence, Dieu ne supporte pas la paresse. La société non plus.

Le travail dans son aspect objectif (du travail), comme dans son aspect subjectif (mon travail), rencontre la dignité humaine et comme tel, demeure une grande valeur pour la société. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer aujourd’hui le regard (oh combien différent) posé sur un haut fonctionnaire, un fonctionnaire moyen, un ouvrier, un chômeur, un malade, un paresseux… Regard de noblesse et de détresse.

En effet, à côté de la grande joie et de grande fierté de certains travailleurs, se dresseront aujourd’hui la profonde tristesse et la douloureuse blessure de ceux qui n’en ont pas et qui, malheureusement n’auront pas encore voix au chapitre de la discussion famille, même en tant qu’aînés. Dur dur de pas pouvoir « participer » à la « ration » familiale ou dépense quotidienne et de vouloir participer aux décisions. Mais avec un recul, ça devrait être possible… La valeur du travail et la valeur et de l’être humain…

C’est alors l’occasion, en ce 01 Mai, de faire un examen de conscience : quel respect envers mon travail qui est le garant de mon « soutoura » ? Quel respect envers mes employés qui assurent le lendemain meilleur de mon entreprise ? Quel respect vis-à-vis de mon employeur qui me donne du travail ? Que faire sérieusement pour avoir du travail ou plutôt pour travailler (Dieu a parlé de la « terre ») ? Ma dignité dépend-elle uniquement de ma fonction, de ma profession ? Suis-je moins digne ou plus digne que les plus ou les moins gradés de mon établissment ? Quel rapport entre ma profession, ma fonction et mon identité ?

Profession, fonction et identité humaine

« Qui êtes-vous ? ». A cette question, on répond souvent, après le prénom et nom, par « je suis le directeur de… ; je suis le chef de… je suis banquier… je suis ouvrier… » Même si la réponse est juste, la très forte tendance et la tentation presque insurmontable est de confondre son identité personnelle avec cette fonction. Mon être dépend alors de mon directorat, de ma chefferie, de ma condition d’ouvrier… Plus je suis « haut » dans la distinction sociale, plus je « suis ». Moins je suis « haut » dans la distinction professionnelle, moins je « suis ». La personne se reconnaît et se respecte alors selon son travail, selon sa profession. Ceci est tellement vrai que beaucoup de corporations changent aujourd’hui de dénomination pour rehausser l’importance de la profession. C’est le temps social de la réduction d’identité ou de la hausse d’identité selon les échelons. Ce qui est grave et très grave même…

Les conséquences sont alors visibles. L’humiliation devient une mode dans le milieu professionnel. On traite la personne non selon son être, mais selon son rang, son sexe et sa rentabilité. Le complexe de supériorité et d’infériorité s’installe, les simples et humains bonjours se compliquent, les sourires sont circonstanciés, les barrières se créent. L’être humain a peur de son égal être humain et bonjour la rivalité mimétique de tous contre tous.

L’artificielle prend le dessus sur le naturel. L’utilitarisme conditionne la parenté et l’amitié ainsi que les cercles de vie. On a honte des parents, des amis pauvres, des camarades de cours qui n’ont pas « réussi ». On a honte de ses origines rurales, ethniques, religieuses… Le paraître obscurcit l’être : on se présente faux en faisant usage de faux pour cacher sa véritable identité même dans les engagements les plus sérieux et déterminants : le mariage, les responsabilités politiques… Il faut « faire semblant ». « Il faut faire comme si… » « L’honnêteté est un délit chez nous » disait Ousmane SEMBENE. De plus nous avons tous suivi le téléfilm « Ibra Italien ».

« Je ne suis pas mon travail »

A la suite de Dieu, qui se reposa le septième jour dans le livre de la Genèse, toutes les sociétés s’accordent aujourd’hui sur la nécessité d’un jour de repos et d’un temps de congé pour le travailleur. Il s’agit certes de lui permettre de reprendre force pour continuer sa besogne, mais surtout pour lui rappeler qu’il vaut plus que son travail, qu’il est sujet et maître de son travail, et que ce travail est un moyen d’épanouissement que lui donne le Créateur. Le travail est pour l’homme.

Chers amis, le travail est important, mais il reste qu’il est fait pour l’homme. La dignité de la personne humaine passe avant son travail et son emploi. Au-delà des relations professionnelles, considérons l’humain qui restera humain. N’est-ce pas d’ailleurs ce que nous rappellent les deux seuils de la vie ? (la naissance et la mort). Employeurs, employés, faisons humainement avec notre conscience, notre propre réunion syndicale. Le travail est noble et épanouissant, si et seulement si son aspect objectif et subjectif est respecté. Le juste salaire qui est le symbole équilibrant de ce lien devrait veiller à cela. Poursuivons la réflexion et prions :

Prions pour les retraités : que Dieu récompense leurs efforts, accueille leur action de grâce et soigne les blessures encore ressenties. Soyons reconnaissants envers nos parents retraités. Prions pour les travailleurs : qu’ils se sanctifient en sanctifiant le travail. Prions pour les chômeurs : que Dieu ouvre leur intelligence aux initiatives de recherche d’emplois et nous aide à les soutenir. Prions pour les paresseux : qu’ils se convertissent par la grâce du saint Esprit.

Bonne fête à tous. Que Saint Joseph veille sur nous et nous délivre du Corona-Virus.

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