vendredi, 15 décembre 2017|

16 visiteurs en ce moment

 

AVENT 2017 — Avec Marie, accueillir le Christ en soi

Suivre le Christ

Nous sommes à Capharnaüm. Jésus, entouré de la foule, explique à ses disciples le sens de la parabole de la semence (la parole de Dieu) jetée en terre, qui connaît un sort et des résultats différents selon le terrain où elle tombe (Lc 8,5-15). C’est à ce moment-là que « la mère et les frères de Jésus vinrent le trouver, mais ils ne pouvaient pas arriver jusqu’à lui à cause de la foule. On le lui fit savoir : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui veulent te voir. » Il leur répondit : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. » (Luc 8,19-21 et Luc 11, 27-28)

www.radinrue.com le XXVII -XI - MMXVII, 10h42 par : P. Henri Caldélari MSC ;

Le Seigneur profite de cet événement pour libérer un message fort sur la manière d’être avec lui, d’être de sa parenté. Il propose à ceux qui le cherchent de le rejoindre dans la famille de ceux qui écoutent et mettent en pratique sa Parole. Jésus ne renie pas les liens naturels avec sa parenté, mais il donne à entendre que ces liens humains sont désormais dépassés par d’autres, plus forts et plus importants. La famille humaine est appelée à devenir la famille de Dieu.

Ce texte nous dit l’essentiel de ce qu’est un chrétien et une communauté chrétienne selon la pensée de Jésus, une communauté vivante à l’image du Cœur de Dieu, reflet sur terre de la famille divine du Père, du Fils et de l’Esprit. Cette communauté existe et se construit quand elle accueille le Christ et le transmet au monde qui nous entoure. Cela implique que nous fassions nôtre le projet initial de Jésus : intégrer la famille humaine dans la famille de Dieu. Il est venu pour rassembler dans l’unité les hommes divisés et dispersés par le péché :

« Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient un en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé… et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ! » (Jn 17,21-23)

Son enseignement s’adresse à tous ceux qui le cherchent en vérité et désirent le suivre, quel que soit leur état de vie : laïc, prêtre, religieux ou consacrés.

La première chose qui ressort de cet évangile est que Jésus nous présente la communauté chrétienne –l’Eglise– comme une famille. Il définit ainsi son identité, ce quelle est. Identité qui conditionne toutes nos activités ecclésiales et humaines. Trois aspects ou trois comportements la caractérisent :

1- Ce sont des femmes et des hommes qui se rassemblent autour et au nom du Christ. Il est au centre de leur vie et de leur action parce qu’ils se sont mis à son écoute et ont fait le choix de le suivre. Jésus est tout pour eux. L’Église n’existe pas sans lui. (Cf. Jn 15 : la vigne et les sarments)

2- C’est ensuite une famille où les uns et les autres se reconnaissent « frères et sœurs » de Jésus, vivant entre eux des relations d’amour et de service fraternel selon l’exemple même du Seigneur Jésus, relations nouvelles, de style familial, basées non plus sur les liens de la chair mais sur les liens spirituels qui découlent de l’écoute commune de la Parole du Maître.

3- Elle est enfin une famille appelée à la fécondité, ouverte à la vie et au monde, attentive à la périphérie.

La communauté chrétienne devient « famille de Jésus » dans la mesure où elle se met à sa suite et à son école. Jésus n’est pas venu fonder un club philosophique ni susciter un groupe d’admirateurs ou une association d’adhérents, voire de zélotes mais bien une famille. Dans cette famille, il considère chacun comme un frère, une sœur ou une mère, et se comporte envers tous comme le frère aîné. Ce qu’il est pour nous, nous devons l’être les uns pour les autres. C’est une nouveauté absolue. Nous sommes appelés à vivre entre nous les mêmes relations d’amour qui existent entre le Père et le Fils dans l’Esprit Saint. En venant dans le monde, Jésus opère un véritable regroupement familial. Par le moyen de l’Eglise, il réintègre dans la famille divine la famille humaine que le péché avait séparé de sa source : le Père.

La deuxième chose à souligner est que cette famille se fonde et se construit à partir de deux exigences complémentaires, distinctes et indissociables :

1. L’écoute de sa Parole qui est Parole de Dieu.

2. La mise en pratique de cette parole selon l’exemple qu’il nous en a donné. Il faut savoir qu’en hébreu, on utilise le même verbe « shâma » pour dire écouter ou obéir. C’est logique. Celui qui entend mais n’obéit pas ou ne met pas en pratique, n’écoute pas en réalité. (Cf. Mt 21,28-32 : les deux fils)

La communauté chrétienne est essentiellement une famille qui se nourrit de la Parole et vit de l’exemple du Christ. Notre vocation est d’incarner et de manifester sa présence dans le monde à travers ce que nous sommes, disons ou faisons. L’écoute de la Parole nous fait membres de la famille de Jésus. Elle conditionne notre agir. Si être « frères et sœurs » de Jésus se comprend aisément, il est par contre plus difficile de concevoir comment nous pouvons être « une mère » pour lui. Comment le comprendre ?

Le Père Caldelari dirige le Centre spirituel de la Pomarède qui a ouvert ses portes le 9 juillet 2000. Conçu pour être un espace de silence, de prière, de rencontre fraternelle, d’écoute de la Parole de Dieu et de formation chrétienne, ce centre accueille tous ceux qui aspirent à se ressourcer, qui cherchent Dieu, qui désirent approfondir leur foi ou développer leurs connaissances religieuses par des retraites spirituelles, des sessions de formation, des week-ends etc.

— Centre spirituel La Pomarède – 15230 PAULHENC, Tél. 04 71 23 61 61 - Site internet :http://la-pomarede.cef.fr

Être, avec Marie, la mère du Christ (M. Zundel)

Être « une mère » pour Jésus nous renvoie à la mission fondamentale du chrétien et de la communauté chrétienne qui est d’engendrer le Christ en nos cœurs par la foi et de le donner au monde aujourd’hui. Marie en est l’exemple type.

Parce qu’elle a écouté la Parole de Dieu et s’est abandonnée à elle avec son corps et tout son être de femme, la Parole s’est emparée d’elle pour donner au Verbe de Dieu une chair humaine concrète, tirée de sa propre chair, devenant ainsi la mère du Christ. La puissance de l’Esprit a réalisé en elle l’impossible (Lc 1,26-38). L’Incarnation est la réponse divine à la foi de Marie. Par son oui, elle a permis au Fils de Dieu d’être humainement et réellement présent au monde dans une chair semblable à la nôtre. En ce sens, Marie est seule mère du Christ. Écoutons St Ambroise de Milan à ce sujet :

« Heureuse toi qui as cru… Heureux vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres… S’il n’y a selon la chair qu’une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. » (La Liturgie des Heures - tome 1, p. 188)

Par son écoute et sa façon d’accueillir la Parole, Marie nous montre comment faire naître le Christ en nous, comment devenir « une mère » pour lui. Il s’agit comme elle, de nous livrer corps et âme à la Parole de Dieu pour qu’elle prenne possession de nous et s’incarne en notre humanité.

Si nous ne pouvons prétendre être « mère du Christ » de la même façon que Marie, nous sommes cependant appelés à participer à sa maternité, c’est-à-dire à engendrer le Christ en nos cœurs par la foi et le rendre présent au monde dans notre humanité. En effet, lorsqu’à la suite de la Vierge, nous accueillons avec foi la Parole et que nous nous abandonnons à elle, celle-ci prend possession de nous. Elle nous habite et demeure en nous. La puissance de l’Esprit suscite en nous la présence réelle du Christ qui, en quelque sorte, s’unit à notre chair. Notre humanité devient pour lui une « humanité de surcroît » par laquelle il se rend présent au monde avec la puissance de son amour sauveur. Bien qu’elle ne soit pas physique comme celle de Marie, cette maternité spirituelle est réelle.

« La grâce de la maternité divine, la Très Sainte Vierge ne l’a pas reçue pour elle seule, elle l’a reçue pour la communiquer… Tout chrétien est appelé à exercer la maternité divine… à être avec Marie, la mère du Christ… Dieu veut aussi naître en nous. » (Maurice Zundel, Ta Parole comme une source pp. 27-31, éd. Anne Sigier, Québec 2009) « Notre vocation est aussi d’être mère de Dieu… Dieu veut naître de nous, de notre amour, comme nous naissons de lui. » (M. Zundel Avec Dieu dans le quotidien, p. 135 - éd. St Augustin, St Maurice 1987)

« Être mère du Christ », c’est accueillir le Christ dans la foi et lui donner d’exister en nous et par nous dans le monde. « Faites tout avec amour… C’est ainsi que nous aurons la force d’engendrer le Christ en nous et chez les autres. » (St Charles Borromée. Homélie – Liturgie des Heures tome 4 p. 1122)

Quand nous laissons apparaître en nous la ressemblance au Christ, quand par notre comportement, nous reproduisons les traits du Fils de Dieu dont nous sommes marqués au baptême, nous devenons ce que Dieu est : filles et fils « conformes à l’image de son Fils » (Rm 8,29). Enfants de Dieu par l’Esprit répandu en nos cœurs, Dieu Trinité demeure en nous. Sa présence nous transfigure et nous sanctifie. Elle nous divinise comme le soulignent les Pères Grecs. Elle nous « christifie », elle nous fait Christ, selon ce que disait saint Augustin à de nouveaux baptisés : « Réjouissez-vous, frères, nous ne sommes pas seulement devenus chrétiens, nous sommes devenus le Christ. » Oui, « le chrétien est un autre Christ. » (Tertullien)

« Depuis l’Ascension, le Christ ne peut être visible qu’à travers nous… L’Incarnation se continue à travers nous. Tout le mystère de l’Eglise, c’est cela. Par conséquent, chacun de nous est le visage du Christ pour les autres… Vous êtes le Christ des autres. Ils n’ont pas d’autre Christ que vous, parce que c’est uniquement à travers vous qu’ils voient le Christ. Ils chercheront le Christ à travers vous… Nous sommes la seule expression de son visage dans le milieu où nous vivons et les autres ont le droit de me demander d’être Jésus-Christ : malgré toutes mes fautes, je suis chargé d’être le Christ… L’Incarnation se continue à travers nous et nous sommes chacun le Christ des autres. Saint Augustin le dit : « Nous n’avons pas seulement été faits chrétiens, nous avons été faits pour porter aux autres la lumière et la présence du Christ, pour être ce qu’Il serait à notre place, pour continuer le geste du lavement des pieds, pour être donnés, consumés, mangés comme le Christ, pour être la nourriture des autres. Tout cela tient dans un seul mot : être Jésus, [être comme lui le Cœur de Dieu sur la terre]… Voilà toute notre grandeur… Finalement, nous sommes la seule chance de Dieu dans le monde d’aujourd’hui. » (Maurice Zundel – Avec Dieu dans le quotidien pages 89 et 90 – Ed. St Augustin 1997)

« Le croyant est transformé par l’Amour auquel il s’est ouvert dans la foi… Dans son ouverture à cet Amour, son existence se dilate au-delà de lui-même. Saint Paul peut affirmer : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20)… Dans la foi, le « moi » du croyant grandit pour être habité par un Autre, pour vivre dans un Autre, et ainsi sa vie s’élargit dans l’Amour. Là se situe l’action propre de l’Esprit Saint. Le chrétien peut avoir les yeux de Jésus, ses sentiments, [son coeur]... parce qu’il s’est rendu participant à son amour qui est l’Esprit. » (Pape François, La lumière de la foi, § 21)

Puisque l’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint « qui exprime le Cœur de Dieu » (St Bernard), Dieu demeure en nous. Nous avons à en vivre et à le faire savoir comme l’écrit encore Maurice Zundel :

« [Grâce à l’Esprit Saint], le cœur de Dieu est présent en chacun de nous, il est intérieur à chacun. Et c’est à travers ce cœur de Dieu que nous pouvons nous rejoindre tous, et nous reconnaître et aimer comme des frères et des sœurs. »

Interrogeons-nous

1. Avons-nous conscience que nous avons à être chacun pour sa part « mère du Christ », l’engendrer en nous et le faire naître autour de nous ? Comment contribuons-nous à faire de l’Eglise une famille ? Sommes-nous disciples missionnaires ?

2. Notre communauté familiale, paroissiale ou religieuse, est-elle une famille de frères et de sœurs selon le désir de Jésus ou n’est-elle qu’un groupe d’individus reliés à Dieu, mais coupés les uns des autres ? À quoi ressemble notre communauté : à un pain que l’on partage ou à un champs de poireaux sagement alignés dans le même champs ? Quel souci portons-nous des autres membres de la famille paroissiale, ceux qui sont en marge, à la périphérie, qui vivent dans la solitude, souffrent ou sont dans le besoin ? Quels efforts avons-nous à faire pour que notre communauté devienne une vraie famille et ne soit pas qu’un rassemblement d’anonymes ? Qu’est-ce qui nous unit : Jésus ou l’indifférence ? Jésus ou des tas de choses à faire ? Jésus ou la tradition ?

3. La famille se construit tous les jours à partir de la Parole de Dieu écoutée, priée, accueillie dans les sacrements, partagée et pratiquée ? Prenons-nous au sérieux cette Parole ? Imprègne-t-elle notre vie ? L’écoutons-nous un peu chaque jour ? Quel temps y consacrons-nous en famille, en communauté ou personnellement ? Une communauté chrétienne coupée de la Parole de Dieu et du Pain de Vie est une communauté coupée du Christ, inerte. Elle n’est plus la famille de Jésus, mais une institution humaine où la pratique religieuse et la loi morale se réduisent souvent à une religion sans foi, truffée de dévotions, quand elle n’est pas qu’une ONG dédiée à une œuvre, réduite à n’être qu’un service social qui s’occupe davantage de la promotion humaine que de l’évangélisation. Puisons-nous dans les sacrements qui nous communiquent la puissance de la Parole, notre santé spirituelle, notre énergie et notre ardeur au service de la charité et de l’unité ?

Henri CALDELARI msc

radinrue.com

 
A propos de RADIN RUE
®© 1982 - 2017 Radin Rue — ISSN 2270-5864 — Radin Rue a été fondé en 1982 sous format papier, depuis 2001 Radin Rue ne paraît plus sous format imprimé. Il est publié sur internet depuis le 22 décembre 1997 et en tant que www.radinrue.com depuis 24 septembre 2000. Ce site est dépendant de la (...)
En savoir plus »